Ophraella communa : ce petit coléoptère qui s’attaque à l’ambroisie

Ophraella communa (photo Wikimedia / Zygy)

L’ambroisie à feuilles d’armoise est aujourd’hui bien implantée dans plusieurs régions françaises. Cette plante exotique envahissante constitue un enjeu environnemental et agricole, mais aussi sanitaire, son pollen étant fortement allergisant. Chez les personnes sensibles, il peut notamment provoquer des rhinites, des conjonctivites, des crises d’asthme ou encore des dermatites. Face à sa progression, plusieurs moyens de lutte sont utilisés, comme l’arrachage, la fauche, le désherbage, la gestion des sols ou encore la couverture végétale. Une autre piste fait depuis quelques années l’objet de recherches : Ophraella communa, un petit coléoptère qui se nourrit principalement d’ambroisie.

Un insecte qui défolie l’ambroisie

Originaire d’Amérique du Nord, Ophraella communa appartient à la famille des Chrysomélidés. De quelques millimètres seulement, cet insecte présente une coloration jaunâtre à brunâtre. Les larves comme les adultes se nourrissent des parties aériennes de l’ambroisie, avec une forte préférence pour les plantes du genre Ambrosia. Les dégâts sont particulièrement reconnaissables. Les larves consomment les tissus tendres des feuilles tout en laissant les nervures intactes. En cas d’attaque importante, les feuilles prennent ainsi un aspect « squelettique ». La défoliation peut être très importante en fin de saison et, lorsque les insectes sont nombreux, toucher également les parties florales. Cette consommation des feuilles réduit les ressources disponibles pour la plante et peut limiter son développement ainsi que sa production de fleurs, de pollen et de graines. Dans le nord de l’Italie, où Ophraella communa est présente depuis 2013, des études ont notamment observé une réduction moyenne de 82 % de la production de pollen sur les plants soumis à la présence du coléoptère.

Une présence désormais confirmée en France

Ophraella communa a été détectée pour la première fois en Europe en 2013, dans le nord de l’Italie et le sud de la Suisse, avant de s’étendre dans plusieurs pays d’Europe centrale et du Sud-Est. En France, l’Anses estimait dès 2015 que son arrivée était très probable. Sa présence a finalement été confirmée à l’été 2023 autour de Lyon. En 2024, l’insecte avait été retrouvé dans sept départements, principalement dans la vallée du Rhône et ses environs. Des recherches et expérimentations se poursuivent depuis pour mieux comprendre sa capacité à s’adapter au territoire français. En Bourgogne-Franche-Comté, des lâchers expérimentaux ont été réalisés en 2026 dans quelques parcelles agricoles de la Nièvre et de la Saône-et-Loire. L’objectif est notamment d’étudier la capacité du coléoptère à s’implanter dans des conditions climatiques différentes de celles de la vallée du Rhône et à se disperser naturellement.

Ophraella communa n’est toutefois pas considérée comme une solution unique. Même fortement attaquée, l’ambroisie peut persister. La lutte mécanique, la gestion des parcelles et des espaces publics ainsi que la prévention de la montée en graines restent donc nécessaires. Plusieurs années de suivi seront encore nécessaires pour déterminer si le coléoptère peut devenir un auxiliaire durable dans les territoires touchés par l’ambroisie.