Géraldine Grangier : « Le fourrage franc-comtois sacrifié sur l’autel des échanges bilatéraux avec la Suisse »

Géraldine Grangier (photo Géraldine Grangier)

Géraldine Grangier, Députée Rassemblement National de la 4ème circonscription du Doubs, communique :

« À l’occasion de l’audition de la Ministre de l’Agriculture Annie Genevard, j’ai interpellé la Ministre sur la situation particulièrement préoccupante des éleveurs franc-comtois confrontés à une pénurie de fourrage et à une flambée des prix après une sécheresse exceptionnelle. Dans le Doubs, département frontalier de la Suisse et terre d’élevage de la race Montbéliarde, les éleveurs doivent aujourd’hui faire face à des prix qui atteignent 250 € la tonne de foin et 150 € la tonne de paille, tandis que le prix du maïs a plus que doublé. Nos éleveurs peinent à constituer leurs stocks pour l’hiver alors que, dans le même temps, du fourrage français part vers la Suisse, parfois en dehors des procédures douanières. Cette situation est profondément préoccupante.

La presse régionale a notamment fait état de contrôles douaniers ayant permis de constater des transferts de fourrage vers la Suisse non déclarés, dans un contexte de pénurie liée à la sécheresse. La Ministre reconnaît les transferts, mais invoque les accords commerciaux Interrogée sur la possibilité d’encadrer temporairement les prix du fourrage et de limiter les exportations vers les pays hors Union européenne, la Ministre a reconnu avoir elle-même constaté les transferts de fourrage à la frontière. Elle a toutefois expliqué que les accords bilatéraux de libre-échange entre la France et la Suisse ne permettent pas, selon elle, de limiter ces exportations. La Ministre a également rappelé que la Suisse venait récemment d’autoriser à nouveau l’entrée de bovins français sur son territoire après l’épisode de dermatose nodulaire contagieuse. Elle a ainsi indiqué qu’elle se voyait difficilement répondre à la Suisse : « En remerciement, on va interdire l’exportation de fourrage ». Pour moi, cette réponse n’est pas acceptable.

La Suisse sait parfaitement protéger ses agriculteurs lorsqu’elle estime que ses intérêts sont en jeu. Elle vient de lever ses droits de douane sur l’importation de fourrage, alors que nos éleveurs sont confrontés à une pénurie et à une explosion des prix. Nous devons nous aussi être capables de protéger notre agriculture lorsque la situation l’exige. Des éleveurs AOC qui doivent respecter un cahier des charges strict, mais dont le fourrage peut partir en Suisse.

J’alerte également sur une contradiction particulièrement préoccupante pour les élevages producteurs d’appellations d’origine protégées. Les exploitations laitières du massif jurassien destinées à la production de Comté ou de Morbier sont soumises à des cahiers des charges stricts, notamment en matière d’alimentation des troupeaux. Comment peut-on demander à nos éleveurs de respecter des cahiers des charges toujours plus exigeants pour produire nos AOC, tout en laissant partir vers la Suisse le fourrage produit sur nos terres à des prix très élevés ? Et lorsqu’il manque du fourrage dans le Nord Franche-Comté, on demande ensuite à nos éleveurs de compter sur la solidarité entre régions ? La Ministre a en effet indiqué avoir activé la solidarité entre régions afin de permettre au Nord Franche-Comté de bénéficier de fourrage. La solidarité nationale est indispensable. Mais elle ne peut pas devenir un prétexte pour accepter que notre fourrage franc-comtois soit vendu au plus offrant tandis que nos propres éleveurs, notamment ceux soumis aux contraintes des AOC, doivent chercher ailleurs de quoi nourrir leurs troupeaux.

À la question de Géraldine Grangier sur la possibilité de fixer temporairement un prix de vente maximum du fourrage, la ministre n’a pas apporté de réponse. Pour ma part, cette absence de réponse est particulièrement préoccupante alors que le Gouvernement reconnaît lui-même le caractère exceptionnel de la sécheresse et a annoncé un plan de plus d’un milliard d’euros destiné notamment à faciliter l’approvisionnement des agriculteurs en fourrages. À situation exceptionnelle, il faut des mesures exceptionnelles. Lorsque le foin atteint 250 € la tonne, que la paille atteint 150 € et que le prix du maïs a plus que doublé, laisser le marché s’emballer n’est pas une réponse.

Je demande donc au Gouvernement de prendre deux mesures d’urgence : limiter temporairement le prix de vente du fourrage, afin d’empêcher une spéculation sur un produit devenu indispensable à la survie des élevages ; suspendre temporairement les exportations de fourrage vers la Suisse, le temps de garantir l’approvisionnement des éleveurs français. Il est temps de choisir nos éleveurs. Il est temps de protéger notre agriculture. Le fourrage produit sur nos terres doit d’abord permettre de nourrir nos troupeaux et de préserver notre souveraineté alimentaire. À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle, solidarité exceptionnelle. La France ne peut pas demander toujours plus d’efforts à ses agriculteurs tout en laissant partir leur fourrage vers la Suisse au gré des prix du marché. Nos éleveurs ne doivent pas être les victimes d’une politique commerciale qui privilégie les échanges au détriment de notre souveraineté alimentaire« .