Trois jours après les faits survenus vendredi 11 septembre 2026 à Semondans (notre info « Fusil de chasse, coups de feu et séparation : un homme retranché chez lui à Semondans« ), Paul-Edouard Lallois, Procureur de la République de Montbéliard par intérim, a livré à ToutMontbeliard.com les conclusions des 48 heures d’investigations menées par la Brigade de recherches de Montbéliard. L’homme retranché à son domicile, qui avait tiré un coup de feu avec un fusil de chasse, a été déféré au parquet dimanche à la mi-journée. Il sera jugé le 10 novembre prochain par le Tribunal correctionnel de Montbéliard dans le cadre d’une comparution à délai différé.
Le Procureur décrit un homme « qui va très mal, qui psychologiquement effectivement va très mal, très fragile« . Selon les investigations, les faits s’inscrivent dans un contexte de séparation conjugale que l’intéressé n’acceptait pas. « Tout ceci s’inscrivant dans le contexte d’une séparation non acceptée, décidée par son épouse et que ce monsieur n’accepte pas« , explique Paul-Edouard Lallois. « Ce qu’il ressort des 48 heures d’investigation menées par la brigade de recherche de Montbéliard, c’est un couple qui connaissait des difficultés depuis plusieurs années« , poursuit-il. L’épouse avait finalement annoncé son intention de divorcer, une décision annoncée depuis plusieurs semaines et que son mari n’acceptait pas.
Un ultimatum fixé au jour de son anniversaire
Les enquêteurs ont établi que l’homme s’était enfermé dans une « spirale négative » et s’était fixé comme ultimatum le vendredi 11 septembre, jour de son anniversaire. « L’ultimatum consistant soit effectivement à récupérer entre guillemets son épouse, à la dissuader de divorcer, soit à mettre fin à ses jours« , détaille le procureur. Les investigations ont surtout permis d’écarter l’hypothèse d’une volonté de s’en prendre physiquement à son épouse ou à leur fils de 25 ans, qui se trouvait également au domicile au moment des faits. « Il est ressorti des investigations que ce monsieur souhaitait uniquement s’en prendre à lui-même« , affirme Paul-Edouard Lallois. « Nous écartons finalement toute notion de menace proférée aussi bien à l’encontre de son épouse qu’à l’encontre de leur fils de 25 ans« , précise-t-il. L’épouse a indiqué aux enquêteurs qu’elle n’avait pas été directement menacée par son mari, celui-ci ayant exprimé la volonté de se suicider avec son arme.
Un fusil dont les canons avaient été sciés
L’homme, qui est chasseur, possédait plusieurs armes de chasse. La perquisition a permis d’en retrouver plusieurs, principalement des armes de catégorie C, dont certaines n’avaient pas fait l’objet des déclarations nécessaires. « C’est un monsieur donc qui est chasseur, qui avait plusieurs armes de chasse que nous avons retrouvées en perquisition« , indique le procureur. « Des armes pour la plupart de catégorie C, c’est-à-dire des carabines de 22 longs rifles, 12 mm, des fusils de chasse de calibre 12 également, donc qui sont des armes de catégorie C qui nécessite une déclaration que ce monsieur n’avait pas faite, raison pour laquelle nous avons retenu cette infraction« . Mais les enquêteurs ont également découvert qu’un des fusils avait été modifié. « Il avait scié les deux canons juxtaposés de l’un de ces fusils, qui fait transformer la catégorie C en catégorie B lorsque les canons sont sciés« , explique Paul-Edouard Lallois. Selon les investigations, cette modification n’était pas fortuite. « Il est apparu au cours des investigations qu’il s’agissait d’un acte prémédité de sa part« , précise le Procureur. Le fusil aurait été préparé afin de pouvoir plus facilement être utilisé contre lui-même.
Un seul impact retrouvé au sol
Vendredi matin, alors que son épouse alertait la gendarmerie, l’homme s’est emparé du fusil et s’est rendu dans le jardin situé à l’arrière de l’habitation. Un coup de feu a alors été tiré. « Les constatations permettront d’affirmer qu’il s’agissait d’un tir non pas en l’air, non pas en direction de qui que ce soit d’une habitation, mais au sol« , précise le Procureur. « On retrouve un impact et l’étui qui se trouve à côté, au sol, dans l’herbe« . Le voisinage et l’épouse ont évoqué une seconde détonation. Toutefois, aucune trace matérielle ne permet à ce stade de confirmer un deuxième tir. « Monsieur lui indique qu’il n’a pas tiré de deuxième fois, on ne retrouve pas de trace d’un deuxième tir, aucun autre impact, aucun autre élément balistique n’est retrouvé« , indique Paul-Edouard Lallois. Le Procureur reste néanmoins prudent : « Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de deuxième tir, mais encore une fois, ça nous paraît assez peu probable compte tenu de l’absence de constatation en ce sens« . Une expertise balistique doit justement permettre de déterminer si l’arme a pu s’enrayer. « On souhaite écarter ou en tout cas vérifier cette notion d’arme potentiellement enrayée« , explique le magistrat.
Plus de deux heures de négociations
Après le signalement des faits, un important dispositif de gendarmerie avait été déployé autour de l’habitation. Deux PSIG, ceux de Montbéliard et Belfort, ainsi que l’antenne GIGN de Dijon avaient été engagés. Les négociateurs régionaux de la gendarmerie avaient également pris contact avec l’homme. « Ce sont eux qui vont, pendant un petit moment, converser avec monsieur qui restera durant tout ce temps, toute la matinée à l’extérieur dans le jardin« , relate le Procureur. L’épouse et leur fils ont finalement pu sortir du domicile. Là encore, les investigations ont permis d’écarter la qualification de prise d’otages. « Il n’y a absolument eu aucune menace exprimée par Madame qui l’aurait empêchée de sortir« , affirme Paul-Edouard Lallois. « Elle a bien indiqué qu’à aucun moment elle n’avait été retenue contre sa volonté« . Après un peu plus de deux heures de négociations, l’homme s’est finalement rendu. « Monsieur, donc après un peu plus de deux heures de négociations par les négociateurs régionaux, finit par se rendre sans retourner l’arme contre lui« , précise le Procureur.
Des violences psychologiques retenues par le parquet
Durant sa garde à vue, l’homme a exprimé des regrets et assuré qu’il n’avait jamais voulu faire de mal à son épouse ou à son fils. Mais le parquet considère que la scène elle-même constitue une violence psychologique. « Il a néanmoins admis que la scène en elle-même était une scène suffisamment choquante« , explique Paul-Edouard Lallois. Le fait de se munir d’un fusil dont les canons avaient été sciés, de menacer de se suicider puis de tirer un coup de feu « était de nature évidemment à créer un choc émotionnel et donc constitutif de violence« . Le Procureur précise ainsi l’infraction principale retenue : « À l’issue de sa garde à vue, nous lui avons donc notifié l’infraction principale de violence par conjoint aggravée par deux autres circonstances, à savoir avec préméditation d’une part, et avec usage d’une arme d’autre part« . À ces faits s’ajoutent les infractions liées aux armes : détention non autorisée d’une arme de catégorie B et absence de déclaration de plusieurs armes de catégorie C.
Jugé le 10 novembre à Montbéliard
L’homme ne sera pas jugé immédiatement. Il doit comparaître le 10 novembre 2026 devant le Tribunal correctionnel de Montbéliard. Deux expertises ont été ordonnées dans l’intervalle : une expertise psychiatrique et une expertise balistique. « Tout d’abord, une expertise psychiatrique qui s’impose compte tenu de la fragilité importante caractérisant l’état de monsieur en ce moment« , explique le Procureur. Une expertise balistique doit également déterminer les conditions de fonctionnement du fusil utilisé lors des faits. À l’issue de sa garde à vue, l’homme n’a pas été remis en liberté sans contrôle. Le parquet a envisagé un placement en détention provisoire avant de privilégier une autre solution, compte tenu notamment de son état psychologique. « Il nous est apparu que ce monsieur était d’abord dans un état de détresse psychologique particulièrement important et que le risque suicidaire était tout important« , indique Paul-Edouard Lallois.
Le juge des libertés et de la détention a finalement ordonné un placement sous contrôle judiciaire strict, avec notamment une obligation de soins. L’intéressé est également interdit de paraître à Semondans et de contacter son épouse. Il lui est aussi interdit de sortir de son domicile entre 19h00 et 8h00. Il est actuellement pris en charge par l’un de ses fils, dans un secteur éloigné de Semondans.
Pour le parquet, le principal risque identifié n’est donc pas celui de violences envers l’épouse ou le fils, mais celui d’un nouveau passage à l’acte contre lui-même. « À partir du moment où on a écarté les infractions de menace et de volonté de s’en prendre à son épouse et à leur fils, voilà, le principal risque identifié de notre point de vue, c’est le risque suicidaire« , résume Paul-Edouard Lallois. Le magistrat souligne également que l’homme n’a aucun antécédent judiciaire : « C’est un monsieur qui n’a aucun antécédent judiciaire, ne s’était jamais pris à qui que ce soit« .
« On a un contexte familial particulièrement compliqué et un homme qui, à l’issue de ces 48 heures de garde à vue, nous est apparu très fragile psychologiquement et qui avait avant tout une velléité de mettre fin à ses jours dans ce contexte conjugal très délicat, très compliqué, mais sans aucune velléité de s’en prendre à qui que ce soit. Les 48 heures d’investigation par la brigade de recherche de Montbéliard nous ont permis d’écarter ce risque et de faire le constat avant tout d’un homme particulièrement désespéré« , conclut Paul-Edouard Lallois.