Près de deux semaines après la mort par balle d’Ulysse Bihouis Camara, 17 ans, dans la nuit du 13 au 14 juin 2026 à Montbéliard (notre info « Montbéliard : un jeune homme tué par balles dans la nuit« ), le Procureur de la République Paul-Edouard Lallois a dévoilé ce lundi 29 juin 2026 les principales avancées de l’enquête. Aux côtés du Directeur interdépartemental de la Police nationale du Doubs, Laurent Perraut, il a annoncé l’interpellation en Espagne du principal suspect, désormais incarcéré dans l’attente de son extradition vers la France.
L’information judiciaire ouverte le 16 juin 2026 pour meurtre et détention d’une arme de catégorie B (notre info « Mort d’un jeune de 17 ans à Montbéliard : une enquête pour meurtre ouverte« ) a rapidement permis aux enquêteurs de la Division de la Criminalité Organisée et Spécialisée (DCOS) du Doubs, avec le concours des policiers de Montbéliard, de concentrer leurs investigations sur un homme de 25 ans, Mohamed El Khiel, résidant à Montbéliard.
Selon le Procureur, les soupçons reposent sur un ensemble d’indices concordants recueillis dès les premières heures de l’enquête : témoignages de riverains, déclarations des personnes présentes dans l’entourage de la victime et différents recoupements réalisés par les enquêteurs. Les deux jeunes initialement placés en garde à vue, car ils étaient les dernières personnes à avoir vu la victime vivante, ont finalement été remis en liberté, aucun élément ne permettant de les mettre en cause.
Une altercation suivie d’un tir mortel
Les investigations privilégient le scénario d’une altercation verbale survenue dans les parties communes d’un immeuble où plusieurs jeunes avaient pris l’habitude de se retrouver. Selon les témoignages recueillis, un homme serait descendu de l’immeuble avant qu’une unique détonation ne retentisse. Plusieurs témoins décrivent ensuite un individu quittant les lieux avec une arme de type « mi-longue ». Le projectile extrait du corps de la victime est compatible avec un calibre 38 Special, mais l’arme utilisée n’a toujours pas été retrouvée. Les enquêteurs estiment qu’elle a probablement été dissimulée immédiatement après les faits.
À ce stade, aucun mobile n’est privilégié. Les enquêteurs évoquent aussi bien un différend lié à la présence régulière de jeunes dans l’immeuble qu’une autre hypothèse. En revanche, aucun élément concret ne permet actuellement d’établir un lien avec un trafic de stupéfiants.
Une fuite stoppée avant un départ vers le Maroc
Les investigations techniques ont rapidement révélé que le suspect avait quitté le Pays de Montbéliard peu après les faits, en direction de l’Alsace puis du sud de la France. Craignant une sortie rapide du territoire, le juge d’instruction a délivré dès le 16 juin 2026 un mandat d’arrêt européen. Une importante coopération a alors été engagée entre la Police nationale française, la Brigade nationale de recherche des fugitifs et les autorités espagnoles.
Localisé à Barcelone, le suspect a été suivi alors qu’il prenait un bus en direction d’Almeria, dans le sud de l’Espagne. Il a finalement été interpellé le 17 juin 2026 à 8h00, à la descente du bus, sans opposer de résistance.
Selon Laurent Perraut, plus d’une vingtaine d’enquêteurs français ont été mobilisés durant cette traque, en plus des moyens importants déployés par les forces de police espagnoles. Les autorités estiment que le suspect cherchait vraisemblablement à rejoindre le Maroc ou un autre pays du Maghreb afin d’échapper à la justice française.
Jusqu’à deux mois avant son retour en France
Présenté à la juridiction espagnole compétente pour l’exécution du mandat d’arrêt européen, le suspect a refusé sa remise immédiate à la France. Il a été placé en détention provisoire dans un établissement pénitentiaire espagnol. La justice espagnole dispose désormais d’un délai maximal de 60 jours pour statuer sur la demande de remise aux autorités françaises. En cas de décision favorable, le transfert devra intervenir dans les dix jours suivants. Une fois remis à la justice française, Mohamed El Khiel sera présenté au juge d’instruction chargé de l’information judiciaire et pourra être interrogé sur les faits qui lui sont reprochés.
Lors de cette conférence de presse, le Procureur de la République et le Directeur interdépartemental de la Police nationale ont salué la rapidité de la coopération judiciaire et policière entre la France et l’Espagne, estimant qu’elle avait permis d’éviter que le principal suspect ne disparaisse hors d’atteinte de la justice.

