Le parquet de Montbéliard a dévoilé ce vendredi 19 juin 2026 les résultats d’une opération d’ampleur exceptionnelle menée conjointement par la Police nationale et la Gendarmerie nationale contre un important réseau de trafic de stupéfiants actif dans le Pays de Montbéliard, le Territoire de Belfort et une partie de la Haute-Saône. Quatorze personnes ont été interpellées et près de 740 000 € d’avoirs criminels et de produits stupéfiants ont été saisis. Lors d’une conférence de presse, le Procureur de la République de Montbéliard, Paul-Edouard Lallois, a salué « un résultat extraordinaire » et « historique« , fruit de plus de dix-huit mois d’investigations.
Une enquête lancée fin 2024
L’enquête débute à la fin de l’année 2024 à la suite de renseignements recueillis par les gendarmes du secteur de Pont-de-Roide. Les investigations mettent progressivement au jour un système de livraison de stupéfiants à domicile de type « Uber shit », permettant d’acheminer cocaïne, héroïne, cannabis, ecstasy ou encore kétamine sur une large partie de l’Aire urbaine. Rapidement, les enquêteurs constatent que plusieurs procédures distinctes menées par la Brigade de recherches de Montbéliard et le Groupe de lutte contre les stupéfiants du commissariat de Montbéliard ciblent en réalité les mêmes individus. Une coopération inédite est alors mise en place entre les deux services. En novembre 2025, une cosaisine police-gendarmerie est décidée. Une information judiciaire est ouverte le 3 décembre 2025 pour association de malfaiteurs et trafic de stupéfiants sous l’autorité du juge d’instruction Aymeric Gélix.
Un trafic organisé à l’échelle industrielle
Selon les enquêteurs, le réseau reposait sur une organisation particulièrement structurée : approvisionnement, stockage, conditionnement, gestion des commandes, livraisons, collecte des fonds et blanchiment des revenus. Les investigations ont permis d’identifier plusieurs fratries implantées notamment à Étupes, Valentigney et Audincourt, jouant un rôle majeur dans le trafic. Le réseau alimentait non seulement le Pays de Montbéliard mais aussi le Territoire de Belfort et une partie de la Haute-Saône. Les enquêteurs ont également mis en évidence des filières d’approvisionnement passant par les Pays-Bas et l’Espagne, ainsi que des connexions régulières avec les secteurs de Paris, Lyon, Besançon et Strasbourg. Le chiffre d’affaires généré par cette activité criminelle est estimé entre 150 000 € et 200 000 € par mois.
Plus de 200 policiers et gendarmes mobilisés
Lundi 15 juin 2026, une vaste opération a été déclenchée simultanément sur 17 sites répartis entre Montbéliard, Valentigney, Audincourt, Étupes, Vieux-Charmont, Beaucourt et Strasbourg. Au total, près de 220 membres des forces de l’ordre ont été mobilisés : environ 120 gendarmes, une centaine de policiers, des équipes cynophiles spécialisées, l’antenne GIGN de Reims ainsi que des unités d’intervention venues en renfort. Les 14 personnes visées, considérées comme les principaux acteurs du réseau, ont été interpellées sans incident.
14 mises en examen
Parmi les personnes arrêtées figurent 11 hommes et 3 femmes. Les femmes, compagnes de certains mis en cause, ont été mises en examen notamment pour non-justification de ressources. Les principaux protagonistes sont poursuivis pour acquisition, détention, transport, offre ou cession de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment aggravé. Le parquet a requis plusieurs placements en détention provisoire. Les personnes concernées encourent jusqu’à 10 ans d’emprisonnement, voire davantage en cas de récidive légale.
Près de 20 kg de stupéfiants saisis
Les perquisitions ont permis la découverte de plus de 19,5 kg de stupéfiants : plus de 7,5 kg de résine de cannabis ; 2,5 kg d’herbe de cannabis ; 5,5 kg d’héroïne ; près de 1,2 kg de cocaïne ; 2 kg de kétamine ; plusieurs centaines de comprimés d’ecstasy. La valeur marchande totale des produits saisis est estimée à plus de 330 000 €.
Plus de 400 000 € d’avoirs criminels saisis
Les enquêteurs ont également porté un coup sévère aux finances du réseau. Au total, plus de 160 600 € en espèces ont été découverts, dont 100 000 € chez un seul individu. À cela s’ajoutent près de 99 000 € saisis sur des comptes bancaires. Sept véhicules, une moto, un scooter, un vélo haut de gamme, des montres, du matériel électronique, des vêtements et accessoires de luxe ainsi que de nombreux autres biens ont également été confisqués. La valeur totale des avoirs criminels saisis dépasse 403 700 €. En ajoutant les stupéfiants, le montant global atteint plus de 738 000 €. Un niveau jamais atteint dans une seule procédure sur le ressort judiciaire de Montbéliard selon le procureur.
L’enquête se poursuit
Si le réseau a subi un coup très important, le Procureur de la République a rappelé que le trafic de stupéfiants ne disparaîtra pas pour autant. Les investigations se poursuivent afin d’identifier d’éventuels autres participants et de nouvelles saisies patrimoniales pourraient encore intervenir. Paul-Edouard Lallois a toutefois estimé que cette opération constituait « un coup dur » porté au narcotrafic local, saluant la coopération exemplaire entre policiers, gendarmes, magistrats et enquêteurs spécialisés.

