Le 11 juin 1968 demeure l’une des journées les plus tragiques de l’histoire sociale du Pays de Montbéliard. Ce jour-là, au cœur du mouvement de grève qui secoue les usines Peugeot de Sochaux dans le prolongement des événements de Mai 68, deux ouvriers perdent la vie lors de violents affrontements entre les forces de l’ordre et les grévistes. Henri Blanchet, 49 ans, est mortellement touché lors des affrontements. Pierre Beylot, 24 ans, décède après une chute dans des circonstances liées à la dispersion des manifestants. Cette journée fait également plusieurs dizaines de blessés, dont certains conserveront de lourdes séquelles.
Un témoignage marqué par l’émotion
À l’occasion de ce 58ème anniversaire, Guy Bêche, ancien salarié de Peugeot arrivé dans l’entreprise quelques mois avant les événements, a tenu à rendre hommage aux victimes et aux blessés de cette journée. « Nous sommes le 11 juin… j’ai une pensée forte pour Henri Blanchet, Pierre Beylot… travailleurs chez Peugeot à Sochaux, morts au cours de l’assaut des CRS déployés dans l’usine pour obéir à la demande des patrons Peugeot de libérer l’usine en grève. J’ai une pensée particulière pour Roger Hardy et Joël Royer qui l’un et l’autre ont été mutilés au cours de la même journée. Je les ai bien connus et côtoyés pendant de nombreuses années après cette folle journée« . Embauché chez Peugeot le 4 mars 1968, Guy Bêche découvre alors le monde ouvrier dans un contexte social particulièrement tendu. « Pour ma part, je découvrais à l’occasion de ce mouvement de mai la réalité du monde du travail en lutte pour de meilleures conditions salariales et de travail« .
Des images qui restent gravées
Près de six décennies plus tard, certains souvenirs demeurent intacts. « Je garde de cette journée du 11 juin des images fortes avec les mouvements de foule dans et autour de l’usine, les affrontements entre manifestants et CRS« . Parmi ces souvenirs figure également la présence sur le terrain d’André Boulloche, alors député-maire de Montbéliard. « Je garde une image toute aussi forte de la présence sur le terrain enfumé du député-maire de Montbéliard André Boulloche appelant au calme« . Guy Bêche rappelle également un échange qu’il avait eu quelques semaines auparavant avec l’élu socialiste, qui lui avait parlé « de la condition ouvrière dans les usines du Pays de Montbéliard et de ce qu’il attendait de l’engagement militant des socialistes dans le monde du travail« .
Un devoir de mémoire
Pour l’ancien ouvrier, le souvenir des victimes et des blessés du 11 juin 1968 doit rester vivant. « 58 ans plus tard, nous n’avons pas le droit d’oublier ces militants qui ont payé de leur vie pour deux d’entre eux et gardé de graves mutilations pour les deux autres« . Au-delà de la commémoration, il estime que cette date doit également nourrir la réflexion sur les conditions de travail actuelles. « Nous avons aussi le devoir de nous interroger sur la réalité du monde du travail aujourd’hui. Comment la France peut-elle accepter d’être placée au rang des pays où les conditions de travail sont parmi les plus mauvaises au niveau européen ?« .
Les combats sociaux d’hier et de demain
Dans son témoignage, Guy Bêche souligne également les évolutions de la société française, notamment la place croissante des femmes dans les organisations syndicales. « J’entendais hier à la radio que désormais trois centrales syndicales, CFDT, CGT et CFE-CGC, étaient dirigées par des femmes. Nous devrions être fiers de cette mutation au sein de notre société« . Et de conclure par un message tourné vers l’avenir : « Je souhaite du plus profond de moi-même qu’émergent des leaders de plus en plus nombreuses pour reprendre, y compris dans le monde du travail, la marche en avant pour mener de nouvelles luttes pour de nouvelles conditions de travail tant matérielles, salariales que de protection sociale« . Près de six décennies après les événements de Sochaux, le 11 juin 1968 reste une date marquante de l’histoire industrielle et sociale du Pays de Montbéliard, symbole des combats ouvriers qui ont profondément marqué la région.

