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Dans un précédent article nous avons vu comment Henriette d’Orbe-Montfaucon, fait passer, par ses fiançailles en 1397 puis son mariage en 1407 avec Eberhard IV, le Comté de Montbéliard, sous domination de la Maison de Wurtemberg. Son époux devient ainsi le premier souverain germanique du Comté de Montbéliard. Voyons ensuite ci-dessous ce que furent les grandes lignes de la vie de la Comtesse Henriette.
Le lieu et les détails de la cérémonie de son mariage ne sont pas connus. Mais, il est probable que ce mariage avec ses fastes se déroule à Stuttgard, capitale du Comté de Wurtemberg. Pendant sa jeunesse, Henriette reçoit, en ce XVème siècle naissant une solide formation intellectuelle et religieuse. Outre la langue romane qui est le dialecte bourguignon parlé dans le Comté de Montbéliard, elle apprend le latin langue de l’élite culturelle et de la liturgie catholique. De plus Henriette maîtrise la langue allemande dont l’usage est essentiel pour des dirigeants en contact avec les territoires du Saint Empire Romain Germanique proches du Comté de Montbéliard. Malgré ce mariage qui peut la laisser dans l’ombre de son époux, Henriette conserve son statut de souveraine, ce qui est exceptionnel. Elle est l’une des rares aristocrates femmes de cette époque a être reconnue par l’Empereur du Saint Empire Romain Germanique comme véritable propriétaire de ses fiefs. Aucune tutelle masculine ne lui est imposée. Bien qu’elle réside la plupart du temps à Stuttgart, il arrive que le couple comtal vienne séjourner au Château de Montbéliard ou au Château d’Horbourg ou encore dans celui de Riquewihr, respectivement Comté et Seigneurie qui sont avec d’autres villages alsaciens, possessions des Wurtemberg.
Concernant son administration du Comté de Montbéliard, Henriette protège et parfois étend les droits communaux. Présente à Montbéliard, c’est elle-même qui préside les séances judiciaires. Elle limite l’emprise redoutable de la fiscalité. C’est grâce à elle que le Comté de Montbéliard prend conscience du monde germanique et des idées qui l’agitent. Ce brassage culturel favorisera grandement un siècle plus tard l’introduction de la Réforme luthérienne dans le Comté. Henriette y favorise l’administration bilingue sans toucher aux droits coutumiers traditionnels et sans imposer au peuple l’usage de la langue teutonne. Henriette maintient farouchement l’indépendance du Comté de Montbéliard administré conjointement avec le Comté de Wurtemberg mais sans en être jamais le vassal. C’est est une femme de pouvoir au caractère bien trempé, très combative pour les droits et l’agrandissement de ses territoires. Elle est très exigeante avec ses collaborateurs. Elle sait se défendre de la convoitise de certains de ses voisins et n’hésite pas à faire enfermer jusqu’à sa mort, au Château de Montbéliard, un certain Comte de Hohenzollern parce qu’il l’avait gravement offensé. Comme l’on peut en juger dans ses rares documents qui nous sont parvenus elle avait du mordant dans l’écriture voire le sens de l’ironie. Enfin elle apporte à la Cour de Stuttgard l’élégance et le raffinement bourguignon ce qui n’est pas rien.
Elle eu de son mariage avec Eberhard IV, trois enfants : Anna de Wurtemberg (1408-1471),Ludwig (Louis) (1412-1450) et Ulrich ( 1413-1480). Elle eu la douleur de perdre prématurément son mari en 1419 emporté par la peste. Elle assure alors, seule l’administration du Wurtemberg-Montbéliard. Elle exerce sa tutelle sur ses deux fils mineurs, héritiers de leur père défunt, ceci jusqu’en 1426, avec l’aide du Conseil de Régence. Elle souhaite transmettre à sa fille Anna le Comté de Montbéliard et les possessions alsaciennes situés à l’ouest du Rhin. Aussi, elle est accusée par ses deux fils de leur préférer Anna leur sœur. Ils s’opposent à la tentative de leur mère et n’hésitent pas à la faire jeter en détention au château de Nurtingen jusqu’à ce qu’elle accepte de signer un accord selon lequel, eux seuls, peuvent recevoir ces domaines. La seule concession qu’ils font pour qu’elle soit libérée est la suivante: Henriette devient régente du Comté de Montbéliard. Elle accepte cette charge et la remplit pendant dix-huit ans jusqu’à sa mort à l’âge de seulement cinquante-sept ans, en 1444, au Château d’Etobon. Henriette a la tristesse de voir la dernière année de sa vie, une troupe «d’Ecorcheurs» venir ravager le Comté de Montbéliard. Henriette est inhumée au château de Montbéliard. Dans les dernières années de sa vie elle donne à maintes occasions la preuve de son attachement et même de son affection aux habitants d’Etobon dont elle supprime nombre de servitudes ; notamment la main-morte pesant lourdement sur les «pauvres gens» comme elle dit elle-même. Son souvenir passe à la postérité sous sa réincarnation en bonne fée bienfaitrice et protectrice du Pays de Montbéliard. Elle est habillée en paysanne du pays et se nomme la Tante Arie (Tainte Airie en patois). Elle vit dans une grotte avec son âne Manon et vient distribuer des cadeaux à Noël aux enfants méritants. La Comtesse Henriette est l’un des personnages les plus attachants de l’histoire de l’ancien Comté de Montbéliard. Elle n’a malheureusement aucun bas-relief ni de statue à Montbéliard qui rappelle son souvenir. Comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, la Municipalité actuelle s’enorgueillirait de mettre fin à cette situation.
Article de Jean-Claude Périat pour ToutMontbeliard.com
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