La Cour d’assises du Doubs vient de condamner un homme de nationalité algérienne âgé de 43 ans à 15 ans de réclusion criminelle pour avoir tenté de tuer son épouse le 6 juillet 2023 à Montbéliard. Le verdict a été rendu à l’issue de deux jours de procès. L’accusé a également été condamné à une interdiction définitive du territoire français et au retrait total de l’autorité parentale sur ses deux filles.
Des coups de couteau d’une extrême gravité
Les faits s’étaient déroulés en début d’après-midi rue du Petit-Chénois à Montbéliard. Les secours étaient intervenus pour prendre en charge une femme grièvement blessée de plusieurs coups de couteau. « Trois de ces coups de couteau ayant été reçus au niveau de l’abdomen avaient engendré des lésions graves« , a rappelé le Procureur de la République de Montbéliard, Paul-Edouard Lallois. La victime avait perdu plus de deux litres de sang et se trouvait « dans un état de choc hémorragique« .
Le magistrat a détaillé des blessures particulièrement lourdes : atteinte du pancréas, ablation complète de la rate et plaie transfixiante de huit centimètres au niveau d’un muscle abdominal. Placée trois jours dans le coma, la victime a survécu mais garde aujourd’hui des séquelles permanentes. « Elle est aujourd’hui reconnue handicapée« , a indiqué le procureur.
Interpellé près de la gare de Montbéliard
Dès les premiers secours, la victime avait désigné son mari, dont elle était séparée, comme étant l’auteur des coups de couteau. Les policiers avaient retrouvé le suspect quelques heures plus tard à proximité immédiate de la gare de Montbéliard, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre la région parisienne. Selon l’enquête, le couple s’était séparé après l’arrivée de la victime en France en 2022. Installée dans le quartier de la Petite Hollande à Montbéliard avec l’aide des services sociaux, elle faisait depuis plusieurs mois l’objet d’un harcèlement grandissant de la part de son ex-mari, arrivé illégalement sur le territoire français début 2023. « Durant les six premiers mois de cette année 2023, la victime a pu faire état d’un harcèlement devenu de plus en plus important« , a expliqué le procureur, évoquant des messages, vidéos et menaces répétées avant le passage à l’acte.
Des recherches internet accablantes
L’instruction a également mis en évidence des recherches internet effectuées par l’accusé avant les faits. Les enquêteurs ont retrouvé sur son téléphone des recherches telles que « poison mortel », « est-il permis de tuer sa femme », « tuer en France sans preuve » ou encore des requêtes sur les moyens d’échapper à la police lorsqu’on est sans papiers. Des éléments ayant conduit le juge d’instruction à retenir la préméditation et à requalifier les faits en tentative d’assassinat.
« Une chronique d’un féminicide annoncé« , Paul-Edouard Lallois, Procureur de la République de Montbéliard
Au procès, l’accusé est resté quasiment silencieux. « J’ai qualifié cette affaire de chronique d’un féminicide annoncé”, a déclaré Paul-Edouard Lallois, dénonçant un homme « spectateur de son procès » qui « a refusé notamment de s’expliquer sur tous les éléments médico-légaux, scientifiques, témoignages et vidéosurveillance l’accablant« . Parmi les preuves évoquées à l’audience figuraient notamment l’arme du crime, un couteau de boucher retrouvé dans un jardin voisin avec l’ADN de la victime, ainsi qu’une trace de sang retrouvée sur le pantalon porté par l’accusé lors de son interpellation. L’avocat général avait requis 18 ans de réclusion criminelle. La Cour d’assises du Doubs a finalement condamné l’accusé à 15 ans de réclusion criminelle. À l’issue de sa peine, il sera expulsé vers l’Algérie.
Une victime « soulagée » par le verdict
Le procureur a enfin salué « la grande dignité de la victime à la barre« , soulignant qu’elle avait assisté à l’intégralité des débats « sans chercher à en rajouter« , exprimant simplement « la peur qui était toujours son sentiment actuel vis-à-vis du comportement de celui qui reste le père de ses deux enfants« . Selon Paul-Edouard Lallois, la victime a accueilli le verdict « avec beaucoup de soulagement« , estimant avoir été entendue par la Cour d’assises.

