Le Procureur de la République de Montbéliard, Paul-Edouard Lallois, nous a détaillé les circonstances d’une affaire de détournement de fonds publics impliquant l’ancienne présidente d’une association de Bethoncourt, également ex-adjointe de la commune.
Les faits ont été révélés le jeudi 23 avril 2026. « Madame (…) me contacte pour m’indiquer qu’elle a commis une infraction et qu’elle souhaite s’en expliquer directement devant moi« , explique le magistrat. Une démarche qui intervient alors que, dans le même temps, la nouvelle municipalité et les responsables de la structure associative venaient de découvrir des irrégularités financières.
Une découverte lors de la transition de l’association
L’association depuis dissoute et remplacée par une nouvelle structure associative, faisait l’objet d’une transition de gouvernance. Le nouveau président, en tentant de récupérer les éléments de gestion, constate l’absence de documents transmis par son prédécesseur. Il se rapproche alors de la banque. Les premières vérifications mettent en évidence « un certain nombre de virements vers le compte personnel de la dame, ainsi que des retraits en espèces pour des sommes allant de plusieurs centaines à plusieurs milliers d’euros« , précise Paul-Edouard Lallois. Alertés, le maire de Bethoncourt et le nouveau président de l’association signalent les faits à la gendarmerie le même jour.
Des opérations sur plus d’un an
Les investigations permettent d’établir que les mouvements suspects s’étalent de mai 2024 au 1er novembre 2025. « Le total s’élève à 21 900 €« , indique le procureur, évoquant « une somme quand même assez considérable« . Les retraits et virements présentent des montants réguliers, souvent ronds, allant jusqu’à 5 000 €. Certaines tentatives de remboursement partiel ont été identifiées, sans pour autant compenser l’ensemble des sommes.
Une addiction aux jeux en ligne en toile de fond
L’enquête met également en lumière une activité importante de jeux d’argent en ligne. « On dépasse les 100 000 € de dépenses, sans aucun enrichissement« , souligne Paul-Edouard Lallois. Selon lui, les fonds détournés auraient servi à « éponger des dettes » liées à cette addiction. Placée en garde à vue le lundi 27 avril 2026, l’intéressée reconnaît les faits. « Elle a spontanément reconnu ces différents détournements« , indique le procureur, précisant qu’elle a évoqué des « emprunts » dans l’idée de rembourser ultérieurement. Elle affirme avoir agi seule.
Du détournement de fonds publics
Les fonds concernés proviennent exclusivement de subventions municipales. « C’est uniquement du détournement d’argent public« , insiste Paul-Edouard Lallois. Aucun élément ne permet, à ce stade, d’impliquer d’autres personnes. L’enquête n’a pas mis en évidence d’enrichissement de tiers ni de train de vie incompatible avec les ressources de la mise en cause. Une moto a toutefois été saisie.
Une procédure de plaider-coupable
L’ancienne présidente est poursuivie pour détournement de biens publics par un dépositaire public, une infraction passible de 10 ans d’emprisonnement et d’un million d’euros d’amende. Des peines complémentaires, telles que l’inéligibilité ou l’interdiction d’exercer certaines fonctions, sont également encourues. Sans antécédent judiciaire, elle comparaîtra le 18 juin 2026 dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. La commune de Bethoncourt s’est constituée partie civile afin d’obtenir le remboursement des sommes détournées et, le cas échéant, une indemnisation complémentaire.

