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Dans un précédent article, nous avons vu comment le Comte de Montbéliard Thierry III de Montfaucon dit le Grand Baron trouva un puissant protecteur en la personne de l’Empereur Rodolphe de Habsbourg. En contrepartie de cette aide, le Comté de Montbéliard jusque-là indépendant, devient vassal du Saint Empire Romain Germanique; mais sans que pour autant ses comtes souverains bourguignons n’en perdent la pleine propriété. Mais en 1407, changement complet de situation : C’est le Duché de Wurtemberg qui devient pleinement le nouveau possesseur du Comté de Montbéliard. Voyons comment une telle chose s’est produite :
Pour bien la comprendre, il nous faut remonter au règne du Comte de Montbéliard Etienne de Montfaucon (1367-1397). Ce dernier épousa Marguerite de Chalon-Arlay qui lui apporta en dot la ville de Quingey. Etienne sut agrandir son bel héritage en y ajoutant les villes de Porrentruy, Baume-les-Dames, Clerval et les vingt-trois villages qui en dépendaient. Sa suzeraineté s’étendait de Besançon (Montfaucon) à Porrentruy, en passant par Arc-sous-Cicon et Granges-le-Bourg sans oublier les fiefs suisses dépendant de la maison de Montfaucon.
Mais la fin de vie de ce brillant seigneur fut profondément triste. Il eut les quatre enfants suivants : Henri, Jean, Philippe, Jeanne qu’un cruel destin fit tous mourir de son vivant. Quand le corps de sa fille Jeanne fut descendue dans les caveaux de Saint-Maimboeuf, le vieux Comte Etienne ne supporta plus son séjour au Château de Montbéliard et se retira quelque temps dans celui de Montfaucon. Malheureusement, il n’était pas encore au bout de sa peine car une douleur bien plus grande encore l’attendait.
Son fils aîné connu sous le nom d’Henri d’Orbe, brillant chevalier, était parti en 1396, avec la fine fleur de la chevalerie bourguignonne, dans une expédition visant à soutenir l’Empereur byzantin Paléologue dans sa lutte contre les Turcs ottomans. Les indéniables qualités de courage et d’intrépidité déployées au combat par les seigneurs bourguignons, menés nominalement par le Comte de Nevers, ne purent compenser leur indiscipline et mauvaise entente lors de la bataille de Nicopolis (1396) contre le futur Sultan Bajazet. Henri d’Orbe compta parmi les nombreux morts jonchant le champ de bataille. Apprenant cette funeste nouvelle le vieux Comte Etienne en mourut de chagrin. Il laissait son riche héritage a ses quatre petites filles nées du mariage de son défunt fils Henri d’Orbe avec Marie de Châtillon.
Les grands seigneurs des environs convoitaient ce riche héritage. Aussi, pour couper court à leurs manigances, dès 1397, l’on choisit des maris aux quatre petites filles. L’aînée avait dix ans et s’appelait Henriette (1). Elle héritait à elle seule d’un tiers de la succession suivante: Montbéliard, Granges-le-Bourg, Clerval, Franquemont (Goumois),Passavant, Etobon, Porrentruy, la Roche Saint-Hippolyte, Saulnot. Elle fut promise (fiancée) à Eberhard IV de Wurtemberg. En 1407 elle l’épousa officiellement. Et c’est ainsi que le Comté de Montbéliard avec ses Seigneuries dépendantes passa sous la domination des Wurtemberg.
Cette possession étrangère dura près de quatre siècles jusqu’à l’annexion du Comté de Montbéliard par la France en 1793. A noter que le Comté de Montbéliard ne devint pas vassal du Duché de Wurtemberg. Il fut juridiquement et héréditairement attaché au Duché de Wurtemberg mais tout en restant son égal. Les us et coutumes du Comté de Montbéliard furent respectés et fait remarquable la langue allemande ne fut jamais imposée aux habitants.
Lexique :
(1) La Comtesse Henriette fut une grande bienfaitrice due Comté de Montbéliard jusqu’à sa mort au château d’ Etobon en 1444. Sa mémoire se perpétua au cours des siècles parmi le peuple montbéliardais dans le personnage de la Tante Airie réincarnation de la comtesse sous forme d’une bonne fée habillée en paysanne du Pays de Montbéliard.
Article de Jean-Claude Périat pour ToutMontbeliard.com d’après un extrait choisi, et largement développé par ses soins du livre « Histoire du Pays de Montbéliard » de John Viénot publié en 1904.
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