Protoxyde d’azote : des autorités sanitaires alertent sur les dangers du « gaz hilarant »

Photo d'illustration (photo depositphotos.com)

Depuis plusieurs années, les signalements d’intoxications liés à l’usage détourné du protoxyde d’azote sont en forte hausse en France. Ce gaz, parfois appelé « gaz hilarant » ou « proto », est de plus en plus utilisé à des fins récréatives, notamment chez les jeunes. Dans une information diffusée récemment, Atmo Bourgogne-Franche-Comté rappelle les risques sanitaires, environnementaux et de sécurité associés à cette pratique.

Un gaz utilisé depuis longtemps dans plusieurs domaines

Le protoxyde d’azote (N₂O), aussi appelé oxyde nitreux, est un gaz incolore à l’odeur légèrement sucrée. Découvert à la fin du XVIIIᵉ siècle, il est employé depuis plus de 150 ans dans différents secteurs. En médecine, il est utilisé comme analgésique et anesthésique, généralement mélangé à de l’oxygène. Il permet notamment de réduire la douleur et l’anxiété lors de certains soins dentaires, d’actes médicaux d’urgence, lors d’un accouchement ou dans certains soins palliatifs. Dans l’industrie et l’alimentation, il est connu sous l’additif alimentaire E942. On le retrouve par exemple comme gaz propulseur dans les siphons à chantilly ou certains aérosols alimentaires. Il peut également être utilisé en laboratoire, dans l’industrie électronique ou encore dans le secteur aérospatial pour favoriser la combustion. Ces usages professionnels sont encadrés et ne présentent pas les mêmes risques que les usages détournés observés aujourd’hui.

Des effets recherchés mais très courts

Lorsqu’il est inhalé, le protoxyde d’azote peut provoquer des effets psychoactifs rapides. Ceux-ci apparaissent en quelques secondes, atteignent leur maximum après 10 à 30 secondes et disparaissent généralement en quelques minutes. Les consommateurs évoquent notamment une sensation d’euphorie, parfois accompagnée de rires incontrôlés, une impression de détente ou encore une modification de la perception du temps et de l’espace. La brièveté de ces effets explique que certaines personnes multiplient les inhalations lors d’une même session. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, la consommation récréative de protoxyde d’azote s’est fortement développée en Europe depuis les années 2010, notamment avec la diffusion de cartouches et de bonbonnes destinées à l’origine à la cuisine.

Des risques réels pour la santé

Même lors d’une consommation ponctuelle, plusieurs effets indésirables peuvent apparaître, comme des vertiges, une désorientation, une perte d’équilibre, des maux de tête ou des nausées. Ces symptômes sont souvent liés à un manque temporaire d’oxygène lors de l’inhalation. Dans certains cas, une perte de connaissance peut survenir, avec un risque d’accident ou d’asphyxie. L’inhalation directe à partir des cartouches ou des bonbonnes peut également provoquer des gelures des lèvres, de la langue ou des voies respiratoires en raison du refroidissement très rapide du gaz. Les risques deviennent nettement plus importants en cas de consommation répétée ou de fortes quantités. Le protoxyde d’azote peut en effet neutraliser la vitamine B12, indispensable au bon fonctionnement du système nerveux. Cette perturbation peut entraîner différents troubles, comme des fourmillements, une perte de sensibilité, une faiblesse musculaire ou des difficultés à marcher. Des troubles urinaires, psychiatriques ou une anémie peuvent également apparaître, ainsi qu’un risque de formation de caillots sanguins. Dans les situations les plus graves, des paralysies ou des atteintes neurologiques irréversibles ont été rapportées. Contrairement à certaines idées reçues, la prise de vitamine B12 ne protège pas si la consommation de protoxyde d’azote se poursuit, le gaz neutralisant cette vitamine dans l’organisme.

Un risque sur la route

L’inhalation de protoxyde d’azote modifie la perception et diminue les réflexes. Conduire après en avoir consommé, que ce soit en voiture, à vélo ou en trottinette, augmente fortement le risque d’accident. Plusieurs accidents graves ont été signalés en France ces dernières années dans des situations impliquant l’inhalation de ce gaz.

Des conséquences environnementales

L’usage récréatif du protoxyde d’azote pose également des problèmes environnementaux. Dans de nombreuses villes, les cartouches, ballons et bonbonnes abandonnés se multiplient sur la voie publique. Ces déchets peuvent dégrader l’espace public, représenter un danger pour la faune et perturber les installations de traitement des déchets. Les bonbonnes peuvent notamment exploser dans les incinérateurs lorsqu’elles sont jetées dans les ordures ménagères.

À titre d’exemple, la ville de Belfort indique avoir collecté environ 40 m³ de cartouches en 2025, soit près de 1 500 contenants de différentes tailles, pour un coût de traitement estimé à 35 000 € pour l’agglomération. Par ailleurs, le protoxyde d’azote est aussi un gaz à effet de serre puissant. Son pouvoir de réchauffement global est environ 300 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur une période de 100 ans et sa durée de vie dans l’atmosphère est estimée à environ 114 ans.

Un encadrement renforcé

Face à la progression de ces usages détournés, les pouvoirs publics ont engagé plusieurs mesures. Depuis la loi du 1er juin 2021, la vente de protoxyde d’azote est interdite aux mineurs et la vente destinée à un usage détourné peut être sanctionnée. Dans plusieurs territoires, des arrêtés préfectoraux ou municipaux limitent également la consommation ou la détention de ce gaz dans l’espace public. Dans le Jura, un arrêté préfectoral interdit par exemple la consommation, la détention et le transport de protoxyde d’azote dans l’espace public. Dans le Doubs, une mesure similaire a été mise en place pour lutter contre l’augmentation de cet usage chez les jeunes. À l’échelle locale, certaines communes ont également pris des initiatives. À Belfort, la consommation de protoxyde d’azote sur la voie publique est interdite afin de limiter les nuisances et les risques pour la sécurité.

Plus récemment, une proposition de loi visant à réserver la vente de protoxyde d’azote aux seuls professionnels a été adoptée par le Sénat le 26 février 2026. Le texte prévoit notamment l’interdiction de vente aux particuliers, y compris en ligne, la création de circuits de distribution spécifiques pour les professionnels, des sanctions renforcées en cas d’infraction et des actions de prévention dans les établissements scolaires. La proposition de loi doit désormais être examinée par l’Assemblée nationale pour poursuivre la procédure législative.

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