Le saviez-vous : « L’organisation municipale de la ville de Montbéliard à partir de la fin du XIIIème siècle »

(photo Abode Stock / ShadowHero)

« Un peu de culture régionale cela ne peut pas faire de mal », telle pourrait être la devise de nos articles « Le saviez-vous »

La ville de Montbéliard bénéfice depuis 1283 de franchises municipales parmi les plus larges qu’ un pouvoir souverain de nature féodale peut accorder. Voyons en quoi consiste cette organisation.

La ville de Montbéliard est administrée par une autorité collective appelée le Magistrat. Cet organisme municipal se compose des trois entités suivantes.

Les Neuf bourgeois sont administrateurs de la justice et de la police. En font partie les personnalités suivantes : le Maître bourgeois en chef est le chef du Magistrat. Il a la charge de présider les assemblées municipales, de représenter la ville de Montbéliard ainsi que de parler au nom de cette dernière lorsque l’occasion se présente ; le Conforteur est le suppléant du Maître bourgeois en chef, de nos jours ce serait plus ou moins l’adjoint au maire ; le Baumestre (1) est chargé de la construction et de l’entretien des bâtiments publics ; le Clerc du papier est le secrétaire administratif de la municipalité, de nos jours ce serait plus ou moins le ou la secrétaire de mairie ; le Clerc des décharges est chargé de contrôler les recettes et les dépenses municipales ; le Taxeur de la boucherie, cette phrase est assez évocatrice en elle-même pour qu’elle se passe de commentaires ; les trois derniers bourgeois sont appelés Novices, ils n’ont pas de fonctions spécialisées d’attribuées.

Les dix-huit membres dudit Magistrat sont élus chaque année par les chefs-d’hôtel de la ville de Montbéliard (les propriétaires).Une fois élus ils élisent à leur tour les neuf bourgeois (ceux cités ci-dessus) formant ainsi le pouvoir exécutif municipal .Ces dix-huit élus forment l’Assemblée communale qui serait appelée à notre époque le Conseil municipal.

Enfin les habitants Notables. Un tel vocable qualifie peut-être le restant des bourgeois ne faisant pas partie des dix-huit élus du Magistrat ou encore les «résidents» étrangers ayant acquis une certaine aisance financière dans la cité. Tels que par exemple les banquiers lombards.

Le Magistrat de Montbéliard est responsable envers le souverain ou la régence de la bonne police de la ville. Il emploie divers employés dont l’un des moins importants que je cite pour l’anecdote a des fonctions des plus étranges vous en conviendrez avec moi. Il est appelé tue-chiens et chasse-pauvres. Il était aussi chargé de tondre les femmes prostituées et de les conduire hors la ville (comme quoi les «justiciers» tondant les femmes plus ou moins collaborationnistes en 1944 n’ont rien inventé).

Il y eu souvent conflit entre les bourgeois et le comte souverain, c’est-à-dire entre le pouvoir démocratique électif et le principe de l’hérédité féodale. Les bourgeois de Montbéliard, tout comme des esclaves rachetés, avaient obtenu leurs franchises à prix d’argent sonnant et trébuchant et avaient de la sorte, comme hommes et comme acheteurs, le droit de tenir chèrement à leur Liberté communale.

Lexique :
(1) Baumestre mot linguistiquement intéressant car formé à partir du terme allemand Bau qui signifie bâtir ou plus largement construction. L’emploi de ce terme dénote l’influence culturelle germanique grandissante dans le Comté de Montbéliard à partir de la fin du XVème siècle époque ou le Comté de Montbéliard passe dans les mains des Wurtemberg.

Article de Jean-Claude Périat pour ToutMontbeliard.com, d’après une étude de Luc Wetzel architecte et érudit montbéliardais (1814-1871) librement reprise et commentée. Cette étude est publiée dans le livre de John Viénot l’Histoire du Pays de Montbéliard, 1904.

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