Affaire Florent Montaclair : « Une véritable supercherie à une échelle internationale », selon le Procureur de Montbéliard

Le Procureur de la République de Montbéliard Paul-Edouard Lallois (photo Tribunal judiciaire de Montbéliard)

Le Procureur de la République de Montbéliard, Paul-Edouard Lallois, a détaillé lors d’un point presse les éléments de l’enquête visant Florent Montaclair, montbéliardais d’origine et enseignant rattaché à l’INSPE de Franche-Comté, composante de l’Université Marie et Louis Pasteur. Une procédure pénale est ouverte depuis le 2 février 2026 pour faux, usage de faux, usurpation de titre et escroquerie. « Je vais essayer d’être le plus clair possible pour retracer la chronologie de cette histoire aux nombreux superlatifs« , a introduit le magistrat, évoquant une affaire « qui relève quasiment de l’histoire cinématographique lorsqu’on s’y penche d’un peu plus près« .

Un premier signalement dès 2018

Les premiers éléments remontent à mars 2018. Le Ministère de l’Enseignement supérieur signale au parquet de Paris des documents produits par Florent Montaclair dans le cadre de candidatures aux fonctions de maître de conférences et de professeur des universités. Parmi ces pièces figurent un « state doctorate » présenté comme délivré en 2015 par une université américaine, l’ »University of Philology and Education », basée à Lewes, dans le Delaware, ainsi qu’un rapport de jury de soutenance de thèse. « Ces documents ont attiré l’attention des services de l’Éducation nationale« , relate Paul-Edouard Lallois. L’établissement américain mentionné n’était pas reconnu par les autorités compétentes, plusieurs membres du jury étaient « totalement introuvables » et des anomalies matérielles apparaissaient dans la présentation du diplôme. Entendu en septembre 2018 par le commissariat de Montbéliard, Florent Montaclair avait expliqué avoir obtenu ce diplôme par correspondance, sans s’être jamais rendu aux États-Unis, après avoir transmis un travail de recherche via internet. La procédure était restée sans suite à l’époque, faute d’éléments suffisants. « J’ai procédé à un classement pour insuffisance d’éléments probants« , précise le procureur, qui indique avoir redécouvert ce dossier à l’été 2025.

La médaille d’or de philologie dans le viseur

En juillet 2025, un nouveau signalement est adressé au parquet, cette fois par le Président de l’Université Marie et Louis Pasteur, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale. Il porte sur une « médaille d’or de philologie » attribuée en 2016 à Florent Montaclair par une « International Society of Philology », présentée comme liée à la même université américaine. Après des vérifications internes et l’audition d’un spécialiste de la discipline, l’université engage une procédure disciplinaire. En décembre 2025, la section disciplinaire du conseil académique prend une décision notifiée en février 2026. Des délais de recours sont en cours. Sur le plan pénal, Paul-Edouard Lallois décide de rouvrir le dossier de 2018 et d’ouvrir une enquête préliminaire confiée au commissariat de Besançon.

Trois entités au cœur des investigations

Les investigations s’orientent vers trois structures : l’université américaine supposée, la société internationale de philologie et une association bisontine dénommée Centre d’études pour l’éducation et l’interculturalité, présidée par Florent Montaclair. Selon le procureur, l’université américaine « n’a pas d’autre existence qu’un site internet créé en 2015« , fermé en 2025, sans implantation physique identifiable à l’adresse indiquée dans le Delaware. La société savante reposerait elle aussi uniquement sur un site internet, également créé en 2015. Quant à l’association bisontine, domiciliée à l’adresse familiale de Florent Montaclair, elle aurait utilisé le terme « UNESCO » sans accréditation officielle. Les services compétents ont confirmé qu’aucune reconnaissance n’avait été accordée.

Perquisition et garde à vue

Le 11 février 2026, une perquisition est menée au domicile de Florent Montaclair à Montbéliard. « Lorsque je lui ai demandé s’il connaissait la raison de ma présence, il m’a répondu spontanément : « C’est pour la médaille, je suppose »« . La médaille est remise aux enquêteurs. Elle provient d’une société de joaillerie parisienne et a été commandée en mai 2016 pour un montant d’environ 250 euros, livrée à Besançon au nom du « Centre UNESCO de Besançon », à l’attention d’un certain Martin Balmont, présenté comme chancelier de l’université américaine. Placée en garde à vue le même jour, la personne mise en cause reconnaît avoir créé les sites internet concernés ou en avoir été l’administrateur, ainsi qu’avoir commandé la médaille. En revanche, il conteste toute infraction. « Pour lui, la médaille n’est pas un faux. Un faux suppose qu’il y ait un vrai de référence. Comme la vraie médaille de philologie n’existe pas, il ne s’agirait pas d’un faux« , rapporte le procureur.

Une « supercherie » présumée

Pour Paul-Edouard Lallois, l’hypothèse privilégiée à ce stade est celle « d’une véritable supercherie à une échelle internationale créée dans un but probable de gloire, de reconnaissance par ses pairs, mais peut-être également dans un but d’accélération de carrière« . Il reste à déterminer si cette distinction a eu des conséquences concrètes sur le parcours professionnel de l’intéressé, notamment lors de son accession au grade de professeur agrégé en 2022. L’enquête devra également établir si des infractions pénales sont caractérisées. Les faits de faux, usage de faux, usurpation de titre et escroquerie sont punis de cinq ans d’emprisonnement.

« Monsieur Montaclair est présumé innocent« , rappelle le Procureur Lallois. « Il conteste formellement avoir commis la moindre infraction et estime qu’il s’agissait d’une tentative du monde universitaire de créer une distinction savante, tentative avortée« . La procédure est toujours en cours, tant sur le plan judiciaire qu’administratif. L’Université Marie et Louis Pasteur et la Ville de Montbéliard pourraient se constituer parties civiles.

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