La poussière est présente dans tous les logements. Invisible au quotidien, elle se compose pourtant d’un mélange complexe de particules, fibres, micro-organismes et substances chimiques. Lorsqu’elle est remise en suspension dans l’air, elle peut influencer la qualité de l’air intérieur et, dans certains cas, la santé des occupants. Dans une récente communication, Atmo Bourgogne-Franche-Comté fait le point sur la composition de la poussière domestique, ses effets potentiels et les résultats d’une vaste étude nationale consacrée à la présence de pesticides dans les logements.
Une composition multiple, entre intérieur et extérieur
La poussière domestique est constituée d’éléments d’origines variées. On y retrouve notamment des fibres textiles et de papier, des cheveux et poils, des squames (peaux mortes), des miettes alimentaires, des fragments de matériaux, des pollens, des micro-organismes (bactéries, champignons), des résidus d’insectes ou d’acariens, mais aussi de la terre, des particules minérales et des résidus issus de la circulation routière.
Elle peut également contenir des substances chimiques comme certains métaux (plomb, arsenic), des résidus de combustion ou de cuisson, des gaz d’échappement et des pesticides.
Selon les estimations relayées, environ un tiers de la poussière présente dans un logement serait produit à l’intérieur, du fait des activités humaines et domestiques. Les deux tiers restants proviendraient de l’extérieur, entrant par les portes et fenêtres ou étant transportés par les chaussures et les animaux de compagnie.
Une fois dans le logement, la poussière est en mouvement permanent. Les particules les plus grosses retombent rapidement sur les surfaces, tandis que les plus fines peuvent rester longtemps en suspension dans l’air. L’aération quotidienne permet d’en évacuer une partie. L’électricité statique joue également un rôle, certaines surfaces comme les écrans attirant les particules lorsqu’elles sont chargées.
Des effets possibles sur la santé
Au-delà de l’aspect visuel, la poussière domestique peut avoir des effets sur la santé lorsqu’elle est inhalée. Comme pour les particules fines (PM10, PM2,5), plus les particules sont petites, plus elles peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires.
La poussière peut contenir des allergènes (pollens, moisissures, acariens, squames animales), des agents irritants ou des substances potentiellement pathogènes. Elle peut ainsi contribuer à l’augmentation des réactions allergiques, à l’aggravation de maladies respiratoires comme l’asthme ou la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), ou encore à une diminution de la fonction pulmonaire.
Les jeunes enfants sont considérés comme particulièrement exposés, notamment parce qu’ils jouent fréquemment au sol. Une étude danoise menée en 2013 auprès de 400 enfants âgés de 3 à 6 ans a montré que moins de 10 % de la dose de phtalates absorbée par voie cutanée, par inhalation ou par ingestion provenait de l’air intérieur ou de la poussière.
Des pesticides retrouvés dans la majorité des logements
La présence de pesticides ne se limite pas aux zones agricoles. Ils peuvent également se retrouver à l’intérieur des habitations, via des produits utilisés contre les insectes, pour traiter le bois ou protéger les animaux, mais aussi par transfert depuis l’extérieur.
Pour mieux caractériser cette exposition, l’Observatoire de la Qualité des Environnements Intérieurs (OQEI) a conduit la campagne nationale PESTILOGE, première étude française d’ampleur dédiée à la présence de pesticides dans l’air et les poussières des logements. Réalisée entre novembre 2020 et février 2023, elle a porté sur 571 logements répartis dans 321 communes et 84 départements, couvrant l’ensemble des saisons.
Les résultats montrent que les pesticides sont plus fréquemment détectés dans les poussières que dans l’air intérieur. Au total, 13 substances ont été retrouvées dans les poussières de plus de 90 % des logements étudiés. Il s’agit de cinq fongicides (boscalid, dicloran, difénoconazole, propiconazole, tébuconazole), de quatre insecticides (acétamipride, cyperméthrine, imidaclopride, perméthrine), de deux herbicides (glyphosate, terbutryne) et de deux répulsifs d’insectes (DEET, icaridine).
Certaines de ces substances font l’objet de restrictions, voire d’interdictions d’usage depuis plusieurs années. Leur détection fréquente souligne leur persistance dans les environnements intérieurs, en particulier dans les poussières. À ce jour, il n’existe pas de valeurs sanitaires de référence permettant d’évaluer précisément les risques liés à ces niveaux d’exposition.
Des gestes simples pour limiter l’exposition
Face à ces constats, plusieurs actions peuvent contribuer à limiter l’accumulation et la remise en suspension de poussières dans les logements.
L’aération quotidienne, au moins dix minutes par jour, y compris en hiver, est recommandée. Il est également conseillé d’aérer pendant et après le ménage et de veiller au bon fonctionnement de la ventilation (VMC), en nettoyant régulièrement les entrées et sorties d’air.
Pour limiter l’apport de poussières extérieures, l’usage d’un tapis d’entrée nettoyé régulièrement est préconisé, ainsi que le retrait des chaussures à l’intérieur lorsque cela est possible. Les zones d’entrée, plus exposées, nécessitent un nettoyage régulier.
Concernant l’entretien des sols, l’aspirateur est à privilégier par rapport au balai, qui remet davantage de particules en suspension. L’utilisation d’un appareil équipé d’un filtre HEPA est recommandée lorsque cela est possible, avec un entretien régulier des sacs et filtres. Un nettoyage humide des sols en complément permet de fixer les particules restantes.
Il est également conseillé de limiter les surfaces textiles qui retiennent la poussière, comme les tapis ou moquettes, et de nettoyer les meubles avec une lingette microfibre légèrement humide plutôt qu’un chiffon sec. L’entretien régulier des textiles d’ameublement et des draps participe aussi à réduire l’accumulation de particules.
Enfin, pour les foyers avec animaux de compagnie, un brossage régulier, de préférence à l’extérieur, et un nettoyage plus fréquent des zones où l’animal circule ou dort permettent de limiter la dispersion des poils et particules.
À travers ces recommandations, Atmo Bourgogne-Franche-Comté rappelle que la qualité de l’air intérieur constitue un enjeu de santé publique et que des gestes simples peuvent contribuer à améliorer l’environnement quotidien des habitants.
