Stellantis engage un « reset » stratégique pour se recentrer sur les attentes des clients et restaurer une croissance rentable

(photo ToutMontbeliard.com)

Le groupe automobile Stellantis, propriétaire notamment du site industriel de Sochaux, a annoncé le 6 février 2026 le lancement d’un vaste « reset » stratégique. Cette réorientation vise à mieux aligner son offre industrielle et commerciale avec les attentes réelles des clients, tout en restaurant une trajectoire de croissance rentable après une année 2025 marquée par une perte nette significative.

Présentée depuis Amsterdam, cette annonce s’inscrit dans le cadre d’une revue approfondie de la stratégie du groupe, préalable à la présentation d’un nouveau plan stratégique attendue en mai 2026. Elle se traduit par la comptabilisation de charges exceptionnelles d’environ 22,2 milliards d’euros sur le second semestre 2025, exclues du résultat opérationnel courant. Ces charges incluent environ 6,5 milliards d’euros de sorties de trésorerie étalées sur les quatre prochaines années.

Un recentrage sur la demande réelle des clients

Stellantis indique que ces décisions font suite à une surestimation du rythme de la transition énergétique, en particulier sur les véhicules 100 % électriques, dans certains marchés clés. Le groupe affirme vouloir continuer à jouer un rôle de premier plan dans le développement des véhicules électriques, tout en défendant une liberté de choix pour les clients, avec une gamme élargie de véhicules hybrides et thermiques jugés plus adaptés à certains usages et contraintes économiques.

Antonio Filosa, directeur général de Stellantis, souligne que ce « reset » vise à replacer les clients au cœur des décisions industrielles et commerciales. Il évoque également la correction progressive de difficultés opérationnelles héritées des années précédentes, notamment en matière de qualité et d’exécution industrielle.

Premiers effets observés en 2025

Selon Stellantis, les premières mesures engagées dès 2025 produisent déjà des effets mesurables. Le second semestre 2025 a été marqué par un retour à la croissance des volumes et du chiffre d’affaires net. Les facturations consolidées ont atteint 2,8 millions de véhicules, en hausse de 11 % sur un an. Cette progression a été particulièrement marquée en Amérique du Nord, mais l’Europe élargie, l’Amérique du Sud, le Moyen-Orient, l’Afrique et la zone Asie-Pacifique ont également contribué à cette dynamique.

En Europe élargie, le groupe a conservé sa deuxième place en parts de marché et sa position de leader sur plusieurs segments, dont les véhicules hybrides et les utilitaires. Les commandes clients y ont progressé de 13 % sur l’ensemble de l’année 2025, avec une accélération notable au second semestre.

Des investissements et des ajustements industriels majeurs

Parmi les décisions structurantes engagées en 2025 figurent un investissement de 13 milliards de dollars sur quatre ans aux États-Unis, le lancement de nombreux nouveaux modèles ou évolutions de produits, ainsi qu’une réorganisation profonde des processus industriels et de gestion de la qualité. Plus de 2 000 ingénieurs ont notamment été recrutés, principalement en Amérique du Nord.

Le groupe a également acté l’arrêt de certains projets de véhicules jugés insuffisamment rentables, dont un projet de pickup électrique Ram initialement prévu pour le marché américain. En parallèle, Stellantis a revu à la baisse ses perspectives sur les volumes de véhicules électriques, entraînant des dépréciations d’actifs et une rationalisation de certaines capacités de production de batteries.

Situation financière et perspectives

Sur le plan financier, Stellantis anticipe pour le second semestre 2025 un chiffre d’affaires net compris entre 78 et 80 milliards d’euros, mais une perte nette estimée entre 19 et 21 milliards d’euros, en raison principalement des charges exceptionnelles annoncées. Les flux de trésorerie industriels restent négatifs sur la période, mais en amélioration par rapport au premier semestre.

Compte tenu de cette perte nette, le groupe ne versera pas de dividende en 2026. Le conseil d’administration a en revanche autorisé l’émission d’obligations hybrides perpétuelles pour un montant pouvant aller jusqu’à 5 milliards d’euros, afin de renforcer la solidité du bilan. À la fin de l’année 2025, les liquidités industrielles disponibles atteignaient environ 46 milliards d’euros.

Pour 2026, Stellantis prévoit une amélioration progressive de son chiffre d’affaires, de sa marge opérationnelle courante et de sa génération de trésorerie, malgré un contexte industriel jugé toujours incertain, notamment en Europe. Le groupe anticipe un retour à des flux de trésorerie industriels positifs à l’horizon 2027.

Les résultats financiers définitifs de l’année 2025 seront publiés le 26 février 2026.

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