PFAS : une interdiction historique en France depuis le 1er janvier 2026

(photo ATMO BFC)

Utilisés depuis des décennies dans de nombreux produits du quotidien, les PFAS, prononcés « pifasse », sont aujourd’hui omniprésents dans l’environnement, l’eau, l’alimentation et jusque dans l’organisme humain. Leur extrême persistance et leurs effets potentiels sur la santé en font un enjeu majeur de santé publique. Depuis le 1er janvier 2026, la France est devenue le premier pays européen à interdire ces substances, souvent qualifiées de « polluants éternels », dans plusieurs produits de consommation courante.

Que sont les PFAS ?

Les PFAS désignent les substances per- et polyfluoroalkylées, une vaste famille de plus de 4 000 composés chimiques. Leur caractéristique commune est une liaison carbone-fluor extrêmement stable, qui les rend très résistantes à la dégradation. Cette propriété explique leurs usages multiples depuis les années 1950, notamment pour leurs qualités antiadhésives, imperméables, déperlantes, antitaches ou résistantes à la chaleur.

On les retrouve ainsi dans des ustensiles de cuisine antiadhésifs, des emballages alimentaires, des vêtements imperméables, des textiles traités, des cosmétiques longue tenue, des mousses anti-incendie, des produits de nettoyage, certains pesticides ou encore des équipements industriels. En contrepartie, cette stabilité entraîne une accumulation durable dans les milieux naturels et une dispersion à grande échelle. Les PFAS sont aujourd’hui détectés dans les sols, les rivières, les nappes phréatiques, l’eau de pluie, les aliments et même dans les régions les plus isolées du globe.

Une exposition généralisée et des risques sanitaires documentés

L’ensemble de la population est exposé aux PFAS, principalement par l’alimentation, via l’eau potable, les poissons, les fruits de mer, les œufs ou la viande. L’air intérieur et les poussières domestiques constituent également des voies d’exposition.

De nombreuses études scientifiques associent certains PFAS à des effets sanitaires préoccupants, même à faibles doses et sur le long terme. Parmi les impacts évoqués figurent des troubles hormonaux, une augmentation du cholestérol, des atteintes hépatiques, une diminution de la réponse immunitaire, des troubles du développement chez l’enfant à naître ainsi que certains cancers. En 2023, le Centre international de recherche sur le cancer a classé le PFOA comme cancérogène certain pour l’être humain et le PFOS comme cancérogène probable.

Un encadrement progressif au niveau international et européen

À l’échelle mondiale, la Convention de Stockholm encadre depuis 2009 plusieurs PFAS, avec des restrictions ou des interdictions ciblées, notamment pour le PFOS et le PFOA. En Europe, ces substances sont identifiées comme prioritaires dans la stratégie de l’Union européenne pour des produits chimiques durables.

Une restriction globale est actuellement à l’étude dans le cadre du règlement REACH, portée par cinq États membres. Elle vise à interdire progressivement la fabrication et la mise sur le marché de substances et d’articles contenant des PFAS, avec certaines dérogations temporaires. Par ailleurs, plusieurs PFAS font désormais l’objet d’une surveillance renforcée dans l’eau potable et les aliments, avec des valeurs limites définies au niveau européen.

Une loi française inédite entrée en vigueur en 2026

La loi du 27 février 2025, entrée en application le 1er janvier 2026, marque un tournant en France. Elle interdit la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de produits contenant des PFAS dans les cosmétiques, les farts pour skis ainsi que les vêtements et chaussures, à l’exception des équipements de protection et de certains usages spécifiques.

Des dérogations encadrées sont prévues pour la défense nationale, la sécurité civile ou certains usages industriels et médicaux lorsqu’aucune alternative n’existe. Les produits fabriqués avant le 1er janvier 2026 peuvent encore être commercialisés pendant une durée maximale de douze mois. Les ustensiles de cuisine, comme les poêles ou casseroles antiadhésives, ne sont pas concernés par cette interdiction et restent autorisés à la vente.

La loi prévoit également la mise en place d’une redevance fondée sur le principe pollueur-payeur pour les rejets de PFAS dans l’eau, un renforcement du contrôle de ces substances dans l’eau potable, une trajectoire nationale de réduction des rejets industriels ainsi qu’une amélioration de la transparence sur les résultats des analyses de qualité de l’eau.

Vers une extension des interdictions à l’horizon 2030

L’Union européenne prévoit de présenter en 2026 une proposition visant à interdire les PFAS dans de nombreux produits de consommation courante, comme les boîtes à pizza ou certains textiles, tout en prévoyant des exceptions pour des secteurs jugés indispensables. Ces discussions, initialement évoquées pour fin 2025, se heurtent toutefois à des négociations complexes avec les industriels.

En France, l’interdiction sera étendue en 2030 à l’ensemble des textiles, y compris ceux destinés à l’ameublement ou à l’automobile. Dans l’intervalle, un décret du ministère de la Transition écologique publié le 30 décembre définit les concentrations résiduelles de PFAS au-delà desquelles les interdictions s’appliquent et précise les exemptions prévues.

Réduire son exposition au quotidien

Même si les PFAS sont largement présents dans l’environnement, certains gestes permettent de limiter l’exposition. La diversification de l’alimentation et la modération de la consommation de poissons et fruits de mer issus de zones potentiellement polluées constituent un premier levier, en s’appuyant sur les recommandations officielles. La réduction des emballages alimentaires résistants à l’eau ou aux graisses, comme certains emballages de restauration rapide, et l’utilisation de solutions alternatives peuvent également contribuer à diminuer les apports.

En cuisine, le remplacement des ustensiles antiadhésifs abîmés par des matériaux comme l’inox, la fonte ou le silicone alimentaire certifié est souvent recommandé. Pour les textiles, le choix de vêtements sans traitement déperlant ou antitache, le recours à la seconde main et l’évitement des sprays imperméabilisants, sauf mention explicite sans PFAS, permettent de limiter certaines sources d’exposition.

Concernant les cosmétiques, la limitation des produits waterproof ou longue tenue et le choix de formulations simples et labellisées sont régulièrement conseillés. À domicile, un nettoyage régulier avec aspiration équipée d’un filtre adapté et un dépoussiérage humide contribuent à réduire la présence de PFAS dans les poussières.

Ces mesures individuelles peuvent réduire l’exposition quotidienne, sans toutefois l’éliminer totalement. La voie alimentaire demeure la principale source d’exposition, suivie par l’eau potable et l’air intérieur, soulignant l’importance des politiques publiques engagées pour limiter durablement la présence de ces substances dans l’environnement.

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