Matthieu Bloch : « Si nous voulons réellement protéger notre industrie automobile, nous devons désormais passer du constat à l’action concrète »

Matthieu Bloch, Député UDR de la 3ème circonscription du Doubs, est intervenu à l’Assemblée nationale ce mardi 6 janvier 2026 à deux reprises :

Déclaration générale du groupe UDR dans le cadre du débat organisé sur le sujet de la filière automobile :

« (…) Pendant des décennies, l’industrie automobile française a été construite autour d’un objectif simple : répondre aux besoins concrets des classes populaires et des familles. Permettre de se déplacer. Aller travailler. Vivre dignement, notamment dans les territoires ruraux et périurbains. C’était la Deux-Chevaux, la 4L, la Renault 5 : des véhicules accessibles, robustes, adaptés à la réalité du quotidien.

Aujourd’hui, nous faisons exactement l’inverse. Nous construisons des produits à des prix exorbitants, que les Français ne peuvent plus s’offrir, et qui ne répondent plus à leurs besoins réels. Une Renault 5 électrique à plus de 30 000 euros, un Peugeot 3008 à 50 000 euros : ce ne sont plus des voitures populaires, ce sont des produits normés pour satisfaire des objectifs technocratiques.

Depuis plusieurs mois, tous les signaux sont au rouge pour la filière automobile française. Les dirigeants industriels alertent. Les territoires s’inquiètent. Les salariés doutent. Et pourtant, l’Union européenne, avec la bénédiction du gouvernement français, poursuit une trajectoire qui met en péril tout un pan de notre économie. Je le dis clairement : ce débat n’est plus un débat idéologique, ni même environnemental. C’est un débat de réalité industrielle.

Un récent rapport parlementaire du Sénat dresse un constat sans détour : baisse continue de la production, perte de compétitivité, dépendances croissantes hors d’Europe, concurrence mondiale exacerbée. Il décrit un crash annoncé de la filière si nous persistons dans la trajectoire actuelle. Je l’ai déjà rappelé dans cet hémicycle : « Le marché n’achète pas ce que l’Europe veut que nous vendions ». Ce ne sont pas des mots d’opposants politiques, mais ceux de dirigeants industriels comme Luca de Meo ou John Elkann, président de Stellantis. Ils nous disent une chose simple : le tout électrique imposé ne fonctionne pas. Comme l’a très justement rappelé notre collègue Éric Michoux, l’automobile n’est pas une industrie comme les autres. Elle conditionne notre capacité à produire, à innover, à rester souverains. Quand l’automobile recule, c’est toute la chaîne industrielle française qui recule. La filière automobile française, ce sont près de 500 000 emplois directs, et bien davantage si l’on inclut les sous-traitants, la métallurgie, l’ingénierie ou la logistique. Dans des territoires entiers — comme le Pays de Montbéliard — elle est le cœur économique.

Or que faisons-nous aujourd’hui ? Nous empilons les normes. Nous accélérons les interdictions. Nous renchérissons les coûts. Entre 2015 et 2030, le prix d’une Renault Clio aura augmenté de 40 %, essentiellement sous l’effet de l’inflation réglementaire européenne. Résultat : les véhicules conçus pour les classes populaires et moyennes deviennent inaccessibles.

Pendant ce temps, la concurrence chinoise avance à marche forcée. Elle produit plus vite, moins cher. Elle maîtrise les batteries. Elle impose ses standards technologiques. Et face à cela, l’Europe continue d’imposer à ses propres industriels des contraintes qu’aucune autre grande puissance n’accepterait. Mais le problème ne s’arrête pas au tout électrique. Nous avons aussi financé, parfois à marche forcée, des filières sans marché réel — comme l’hydrogène automobile. Sans réseau, sans demande suffisante, sans modèle économique viable. Ce choix a conduit à un échec industriel, et il a fragilisé des groupes majeurs de la filière, comme Forvia, qui avaient investi massivement dans cette technologie au détriment d’autres voies plus pragmatiques.

Ce n’est pas de la planification. C’est de l’aveuglement. Nos voisins allemands, eux, ont commencé à tirer les conséquences de cette impasse. Ils demandent à l’Union européenne de revenir sur le dogme du tout électrique, d’assouplir les calendriers et de reconnaître le rôle des motorisations hybrides et des technologies alternatives.

Les salariés de la filière automobile française vous demandent aujourd’hui la même chose. Ils vous demandent de faire véritablement pression sur l’Union européenne pour sortir du tout électrique imposé, et de réaffirmer la neutralité technologique. Ils vous demandent de redonner de la visibilité et de la stabilité à la filière, en mettant fin à l’empilement de normes irréalistes. Ils vous demandent de protéger réellement le marché européen, face à une concurrence internationale agressive. Ils vous demandent enfin de placer l’emploi, les territoires et la souveraineté industrielle au cœur des décisions européennes.

Ces demandes sont lucides, responsables et largement partagées. Les salariés de la filière automobile attendent du courage politique. Ils attendent des actes (…) ».

Une question posée au ministre, dans le cadre du même débat :

« (…) Si nous voulons réellement protéger notre industrie automobile, nous devons désormais passer du constat à l’action concrète. Aujourd’hui, les constructeurs chinois ne se contentent plus d’exporter massivement vers l’Europe : ils adaptent leurs stratégies pour contourner nos instruments de défense commerciale. C’est le cas de BYD, qui a annoncé plusieurs implantations industrielles en Europe, et qui étudie désormais des projets en Espagne, notamment dans des régions fortement soutenues par des aides publiques.

L’objectif est clair : produire ou assembler sur le sol européen pour neutraliser l’effet des droits de douane appliqués aux véhicules électriques importés depuis la Chine. Cette stratégie n’est pas théorique. Elle est déjà complétée par une autre voie de contournement : la production en Thaïlande, dans une usine récemment mise en service, avec des véhicules ensuite exportés vers l’Union européenne.

Ces véhicules, bien que produits par un constructeur chinois fortement subventionné, échappent aux surtaxes européennes puisqu’ils ne sont plus juridiquement considérés comme importés de Chine. Autrement dit, même les barrières commerciales existantes peuvent être vidées de leur substance, si nous ne renforçons pas rapidement nos règles.

Monsieur le Ministre, ma question est donc simple et directe : Quelle est votre stratégie pour éviter que la protection européenne ne soit systématiquement contournée ? Allez-vous soutenir des règles d’origine beaucoup plus exigeantes, intégrant réellement la chaîne de valeur et pas seulement le lieu d’assemblage final ? Allez-vous défendre des mécanismes de droits de douane adaptatifs, tenant compte des filières de production hors Union européenne ? Allez-vous conditionner strictement les implantations industrielles étrangères en Europe à de véritables exigences de contenu local, de transfert technologique et de création d’emplois durables ?

Face au risque très concret d’une inondation du marché européen par des véhicules à bas coût, produits ou réorientés vers l’Europe par contournement des règles, nous n’avons pas droit à l’inaction ni à la naïveté (…) ».

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