Le Procureur de la République de Montbéliard, Paul-Edouard Lallois, a détaillé ce mardi 23 décembre 2025 l’état de l’enquête concernant la mort d’un homme survenue dans la nuit de samedi à dimanche à Autechaux-Roide (notre info « Décès par arme à feu à Autechaux-Roide : une enquête criminelle ouverte« ). Une information judiciaire a été ouverte et le mis en cause a été mis en examen, avec une demande de placement en détention provisoire.
Les faits se sont déroulés aux alentours de 3h00 du matin. Les sapeurs-pompiers et les gendarmes de la compagnie de Montbéliard sont intervenus dans une habitation de la commune d’Autechaux-Roide, où résidait le mis en cause, un homme né en février 1981 à Audincourt, originaire du Pays de Montbéliard. C’est ce dernier qui avait alerté sa mère, vivant dans une maison quasi mitoyenne, quelques minutes après les faits.
Sur place, les secours découvrent le corps de la victime, un homme né en mai 1986 à Audincourt, présenté comme un ami proche du mis en cause depuis une quinzaine d’années. Le corps se trouvait dans la pièce principale de l’habitation, à proximité d’une table basse sur laquelle était posé un revolver à barillet de type Magnum. « Les premières constatations ont immédiatement fait apparaître une blessure par balle très importante au niveau de la tête« , a indiqué le Procureur.
Une arme détenue illégalement et un état d’ivresse avancé
Le mis en cause a spontanément reconnu être à l’origine du drame, dans un état décrit comme un mélange d’affolement, de pleurs et d’ivresse très avancée. Il a été placé en garde à vue, initialement pour assassinat, le temps de déterminer précisément les circonstances, mais aussi pour refus de se soumettre au dépistage d’alcoolémie et pour détention illégale d’arme de catégorie B.
Selon Paul-Edouard Lallois, l’homme a refusé à la fois l’éthylotest et la prise de sang, « en prétextant qu’il n’avait pas conduit de véhicule« , malgré les explications répétées des gendarmes. L’impossibilité de mesurer précisément son taux d’alcoolémie est toutefois compensée par de nombreux indices matériels, dont la présence de bouteilles et de verres contenant encore de l’alcool dans le logement. Il n’a pu être entendu à jeun que le dimanche après-midi.
Concernant l’arme, le mis en cause en a revendiqué la propriété. Il aurait acquis ce revolver « sous le manteau » au début de l’été 2025 auprès d’un particulier aujourd’hui décédé, sans aucune démarche administrative ni autorisation préfectorale. « Il se trouvait donc en possession de manière illégale d’une arme de catégorie B« , a précisé le procureur.
Les premiers résultats de l’autopsie
L’autopsie réalisée à l’Institut médico-légal de Besançon a apporté des éléments déterminants. Les médecins légistes n’ont relevé aucune trace de lutte ou de rixe. « La seule lésion constatée est la lésion par balle au niveau de la tête« , a expliqué Paul-Edouard Lallois. Le décès est la conséquence d’un traumatisme cranio-facial et cérébral gravissime causé par un unique tir.
La trajectoire du projectile, entrée en région temporale gauche et sortie derrière l’oreille droite, est décrite comme légèrement d’avant en arrière et de haut en bas, mais globalement horizontale. Les constatations médico-légales indiquent un tir à très courte distance, « à quelques centimètres ou au maximum quelques dizaines de centimètres« , ce qui exclut un tir à bout touchant mais confirme une grande proximité entre les deux hommes au moment du coup de feu.
Les techniciens en identification criminelle ont confirmé qu’un seul tir avait été effectué. L’ogive a été retrouvée derrière le corps de la victime, et l’étui percuté correspond à celui présent dans le barillet du revolver.
Des explications jugées incohérentes
Le mis en cause évoque depuis le début un tir accidentel, sur fond d’alcoolisation massive. Il explique avoir sorti l’arme par curiosité, pensant qu’elle n’était pas chargée, et s’être livré à un « jeu » consistant à la faire tourner « façon cow-boy ». Il aurait ensuite voulu la tendre à son ami, assis sur le canapé, avant de trébucher et de provoquer accidentellement le départ du coup.
Ces déclarations soulèvent toutefois de nombreuses interrogations. « Nous restons sur notre faim quant à la compatibilité de l’explication du tir accidentel avec une trajectoire aussi rectiligne« , a reconnu le procureur. Il s’interroge également sur la force nécessaire pour actionner la détente d’un revolver à barillet, « des armes qui nécessitent classiquement une puissance importante pour déclencher le départ de feu« .
Une expertise balistique de l’arme est désormais attendue afin de déterminer son état de fonctionnement et d’évaluer la plausibilité des explications fournies. Des analyses de résidus de tir ont également été réalisées sur les mains de la victime et du mis en cause.
Une information judiciaire pour meurtre
Au regard de l’ensemble des éléments, Paul-Edouard Lallois a décidé d’ouvrir une information judiciaire pour meurtre par personne en état d’ivresse manifeste, ainsi que pour les infractions connexes de refus de dépistage d’alcoolémie et de détention illégale d’arme. « Il m’apparaît que se pose sérieusement la question d’un geste nécessairement volontaire sur l’instant« , a-t-il déclaré, tout en précisant qu’aucun mobile n’est identifié à ce stade et qu’il n’est pas retenu de préméditation.
Le mis en cause a été mis en examen et le procureur a requis son placement en détention provisoire, notamment en raison du risque de récidive lié à une consommation d’alcool jugée constante et de la nécessité de le protéger, y compris de lui-même. Le débat devant le juge des libertés et de la détention doit se tenir dans les prochaines heures.
Une victime père de famille
La victime, père de cinq enfants, résidait récemment dans une commune de Saône-et-Loire. Sa mère vit toujours dans le Pays de Montbéliard. L’association France Victimes a été saisie afin d’apporter un soutien à la famille. À ce stade de l’enquête, aucun élément ne laisse apparaître un conflit ou une tension préalable entre les deux hommes, décrits par leur entourage comme se fréquentant régulièrement sans animosité.
Le procureur a enfin rappelé le passé judiciaire du mis en cause, marqué par plusieurs condamnations anciennes, dont une en 2005 pour homicide involontaire par conducteur sous l’emprise de l’alcool, ayant entraîné la mort d’un ami. « On observe une certaine constance de la consommation d’alcool chez cet individu, qui semble le conduire à la commission d’infractions pouvant aller jusqu’au décès d’un tiers« , a conclu Paul-Edouard Lallois.
L’enquête se poursuit sous l’autorité d’un juge d’instruction afin de déterminer précisément les circonstances de ce drame survenu à Autechaux-Roide.


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