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Charles de Valois, devient le nouveau Duc-Comte de l’Etat bourguignon à la mort en 1467 de son père Jean le Bon. Celui que la postérité surnomme le Téméraire hérite alors d’un énorme domaine allant, au nord, de la Comté de Hollande, et, au sud, aux Duché et Comté de Bourgogne (Franche-Comté actuelle) en passant par le Luxembourg. Mais ce grand ensemble territorial a un grave défaut géographique : il n’a pas de continuité territoriale !
Un autre que Charles le Téméraire eut sans doute été très heureux d’un tel héritage et s’en serait contenté ! Mais c’est mal connaître notre orgueilleux nouveau duc-comte de Bourgogne. Lui ne rêve pas moins que d’une couronne royale en voulant se faire élire roi par l’empereur d’Allemagne. Il veut recréer ainsi un grand royaume de Bourgogne situé entre Allemagne et France, une sorte de nouvelle Lotharingie en somme dont la capitale aurait été… Besançon. Mais pour cela il faut annexer la Lorraine trait d’union indispensable entre ses deux entités territoriales. Il tente tout d’abord d’en prendre le contrôle par un acte de félonie mais ne réussit pas son mauvais coup. Il achète alors à l’Archiduc autrichien Sigismond : Rive gauche du Rhin le Sundgau alsacien et rive droite le Brisgau ainsi que les quatre villes dites forestières du Rhin. Il tente de s’emparer du Comté de Montbéliard qui lui barre la route vers ses nouveaux territoires mais n’y parvient pas car sa courageuse garnison composée de soldats bâlois et bernois repousse toutes ses attaques. Une révolte éclate alors dans le Sundgau car les habitants sont excédés par le comportement violent et cruel de Pierre de Hagenbach, le nouveau bailli de Charles le Téméraire. Ce dernier est pris, jugé, condamné à mort et exécuté ce qui met en fureur Charles le Téméraire qui jure de se venger.
Le Roi de France Louis XI veut abattre définitivement la puissance du duc-comte de Bourgogne son grand rival de toujours. Pour cela il négocie une alliance avec les Cantons suisses. Il arrive même à décider l’Autriche a se réconcilier avec les Cantons suisses ses ennemis séculaires. Il parvient ainsi par d’habiles négociations secrètes et de grosses sommes d’argent à la clef à ce que l’Archiduc Sigismond, les villes libres de Haute Alsace, les petits princes souabes, le Duc René de Lorraine, le Comte de Montbéliard, la Principauté de Bâle et bien sûr la Confédération suisse des VIII Cantons a constituer avec lui un pacte de défense mutuelle contre Charles le Téméraire appelée la « Ligue Héréditaire (11 juin 1474) ».
Des terribles cruautés et de vastes dévastations sont commises par la répression bourguignonne dans le Sundgau et ses environs. Dès que ces dernières sont connues des Suisses plus rien ne peut plus retenir leur colère. Alors une députation des VIII Cantons se rassemble à Soleure et en accord avec les seigneurs allemands, déclare la guerre au duc-comte de Bourgogne (26 octobre 1474).
Quelques jours plus tard une armée alliée forte de dix-huit mille hommes pénétrait en Comté de Bourgogne. Cette armée composée d’Alsaciens, d’Autrichiens, de Souabes et de Suisses arrive devant la ville d’Héricourt. Pourquoi ce choix d’Héricourt ? Peut-être parce qu’à l’époque c’est encore une seigneurie comtoise (1) appartenant au Comte de Blamont Henri de Neufchâtel-Bourgogne (2) qui est aussi maréchal lieutenant-général de l’Etat de Bourgogne. Mais la raison essentielle c’est bien sûr que les troupes d’Etienne de Hagenbach, frère du bailli exécuté et bourreau du Sundgau, s’y sont retranchées.
Le siège d’Héricourt commence aussitôt. La brèche dans les solides remparts ne s’ouvre que très lentement sous les coups de l’artillerie alliée. La saison est rigoureuse et les Suisses manquent de vivres. Les Alliés vont donner l’assaut lorsque qu’arrive Henri de Neufchâtel-Bourgogne avec cinq mille combattants. Le Comte Jacques de Savoie ami intime de Charles le Téméraire et gouverneur de Franche-Comté ne tarde pas à le rejoindre avec huit mille fantassins et douze mille cavaliers.
L’ordre de bataille des Alliés est le suivant : les Alsaciens sont laissés à la garde du camp afin de repousser les éventuelles sorties de la garnison d’Héricourt. Les Suisses armés de leurs longues piques s’avancent en bon ordre vers l’ennemi. les Autrichiens formant la cavalerie se tiennent en réserve derrière eux. Les Suisses attaquent et leur choc est terrible. Les Bourguignons sont de vaillants soldats mais ils n’ont encore rien vu de comparable à cet élan furieux de leurs adversaires. Leurs cris épouvantables, leur ardeur à s’exciter mutuellement, à se surpasser les uns les autres, cette impétuosité irrésistible eurent bientôt jeté l’effroi parmi l’armée de Jacques de Savoie. Son infanterie est rompue. La cavalerie essaie de l’appuyer et d’arrêter la marche des Suisses mais les longues piques de ces derniers empêchent ses chevaux d’approcher.
De plus le nombre des combattants semble augmenter à chaque instant et leur attaque devient encore plus vive. Le combat ne dure guère car le désordre et le désespoir gagnent les troupes bourguignonnes. Leur cavalerie ainsi que leur infanterie prennent la fuite. Alors les hommes d’armes autrichiens et souabes commencent à se lancer à la poursuite des fuyards. La cavalerie alliée n’éprouve aucune résistance et arrive jusqu’à Passavant. Les bagages et munitions trouvés sont pillés et le feu mis au village.
La défaite bourguignonne est complète et sanglante. Les pertes humaines bourguignonnes sont grandes : plus de deux mille hommes restèrent sur le champ de bataille ; des huit cents combattants venant de Faucogney qui passent pour être les plus vaillants de la Comté il n’en revient qu’un sur dix ! Cette première bataille et défaite bourguignonne de la Guerre de Bourgogne (1474-1477) se passe le treize novembre 1474. Il s’en suivra trois autres qui seront fatales à Charles le Téméraire et à son rêve de royaume bourguignon.
(1) Les Neufchâtel-Bourgogne sont une importante famille aristocratique comtoise dont la forteresse s’élève sur une colline du village de Neuchâtel – Urtière, village situé entre Vermondans et Dambelin dans le Doubs. Cette forteresse fut malheureusement rasée par ordre de Louis XIV après la conquête de la Franche-Comté.
(2) La seigneurie d’Héricourt ne devient montbéliardaise en 1561.
Texte Jean-Claude Périat pour ToutMontbeliard.com
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