Le saviez-vous : 1119, l’année de l’élection d’un pape franc-comtois

(photo Abode Stock / ShadowHero)

« Un peu de culture régionale cela ne peut pas faire de mal », telle pourrait être la devise de nos articles « Le saviez-vous »

Demandez à un Franc-Comtois, hors village de Quingey (25-Doubs) et de ses alentours, s’il sait que la Franche-Comté a donné naissance à un pape ? Il y a de fortes chances pour que cette personne soit d’abord étonnée par cette question inattendue puis, après réflexion, avoue son ignorance. Réponse pas étonnante tant l’existence de celui qui fut le seul pape franc-comtois est restée plutôt confidentielle du grand public, connue seulement des historiens officiels ainsi que des historiens amateurs férus d’Histoire régionale. Et pourtant ce Guy de Bourgogne, car tel est son nom de naissance, enfant de la Comté de Bourgogne (future Franche-Comté) a bien été élu pape sous le nom de Calixte II.

Certains auteurs le font naître vers 1050 mais d’autres plus vraisemblablement vers 1060 au château de Quingey, village situé alors en terre d’Empire. C’est le lieu de villégiature des comtes souverains de Bourgogne. Ce château se niche entre les deux autres leur appartenant : l’un à Poligny et l’autre à Dole (département actuel du Jura) ; tous trois proches de la frontière du royaume de France.

Guy est l’un des fils du Comte de Bourgogne Guillaume Ier dit « Tête hardie » (de la lignée d’Ivrée) et d’ Etiennette de Vienne en Dauphiné. Les Comtes souverains de Bourgogne sont vassaux depuis 1032 du Saint Empire Romain Germanique (S.E.R.G.).

En 1085, son père n’y va pas par quatre chemins pour placer sa progéniture. Il impose son premier fils Guy comme administrateur du diocèse de Besançon. Quant au second fils Hugues il devient le nouvel archevêque de Besançon sous le nom d’Hugues III. La catholicité locale et régionale devient alors une affaire de famille. Voila comment la promotion sociale des jeunes aristocrates se fait dans ce haut moyen-âge lorsque l’on a la chance d’être issu d’une famille très puissante comme celle de Bourgogne.

En 1088, à moins de trente ans, notre Guy de Bourgogne devient archevêque-comte de Vienne en Dauphiné. Pour faire bonne mesure à cette nomination le pape Pascal II le nomme son légat officiel pour tout le royaume de France.

En 1115, le Pape Pascal II représenté par son légat Guy de Bourgogne, convoque un concile à l’Abbaye de Tournus. Il a pour but d’affirmer officiellement la suprématie du chapitre de la Cathédrale Saint-Jean sur celui de la Cathédrale Saint-Etienne. Le concile se prononce pour Saint-Jean. Saint-Etienne conteste avec véhémence cette décision.

En 1119, le Pape Gélase II meurt à l’abbaye de Cluny où il s’est réfugié après son départ précipité de Rome chassé par l’antipape Grégoire VII. Le concile composé des six cardinaux ayant suivi le souverain pontife dans son exil français se réunit aussitôt dans ladite abbaye afin d’élire son successeur. La bonne fortune de Guy de Bourgogne ne s’arrêtant pas en si bon chemin, il est proclamé pape le premier février sous le nom de Calixte II. Le neuf février de cette même année il est couronné pape à Vienne en Dauphiné. Toujours au cours de cette année-là le nouveau pape réunit à Reims un concile dont la mission est de tenter de mettre fin à la fameuse « Querelle des Investitures ». Beaucoup de concessions sont faites à l’empereur du S.E.R.G. Henri V. Mais ce dernier refuse d’accepter la décision dudit concile. Alors Calixte II ne tergiverse pas , il l’excommunie tout simplement.

En 1120, Calixte II réintègre les Etats pontificaux après sa victoire sur l’antipape Grégoire VII à la bataille de Sutri (Italie). Il laisse la vie sauve à ce dernier mais l’oblige à aller finir sa vie en allant de monastère en monastère.

En 1122, réunion de la Diète impériale de Worms la fameuse dispute sur la « Querelle des investitures » se règle par l’établissement d’un traité définitif appelé « Concordat de Worms ». Désormais les droits féodaux se trouvent nettement séparés des droits sacerdotaux.

En 1123, Calixte II convoque le premier concile de Latran (Rome) dont le but principal est la ratification du Concordat de Worms. De plus le dogme du célibat sacerdotal se voulant à l’image du Christ est établi.

En 1124, mort de Calixte II à Rome après cinq années de pontificat. Il est inhumé dans la basilique Saint-Jean de Latran et son cœur à l’Abbaye de Cîteaux.

Malgré la brièveté de son pontificat celui qui fut appelé par ses contemporains « le père de la paix » fut un grand pape, le plus grand du XIIème siècle et peut-être même de tout le moyen-âge. Voici quelques unes de ses actions les plus significatives: Il est intervenu positivement dans le règlement politique des affaires anglo-françaises. Il a mis définitivement fin à la querelle entre les chapitres de Saint-Jean et Saint-Etienne de Besançon qui durait depuis des décennies. Il a réglé la grande « Querelle des Investitures » qui durait depuis près de cinquante ans. Cette dernière qui divisait le pouvoir impérial et sacerdotal pour la nomination des évêques. Mis fin à nombre de différends entre monastères Convoqué le premier concile de Latran. Favorisé les ordres religieux officiels, etc…

Que reste-t-il du souvenir de Calixte II en Franche-Comté ? A vrai dire pas grand chose ! A Quingey il reste seulement une tour ronde à toit conique de son château natal. Par contre le site est bien mis en valeur. A Besançon son nom a été donné, bien tardivement d’ailleurs, au parvis de la cathédrale Saint-Jean. A ma connaissance aucune autre localité franc-comtoise n’a pensé ou voulu donner le nom de ce grand pape à l’une de ces rues, parcs ou places publiques.

Texte de Jean-Claude Périat, pour ToutMontbeliard.com
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