L’industrie automobile franc-comtoise traverse une période particulièrement critique. Mercredi 23 juillet 2025, à Besançon, l’UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie) Franche-Comté et la FIEV (Fédération des Industries des Équipements pour Véhicules) ont tiré la sonnette d’alarme sur la situation des équipementiers automobiles lors d’une conférence de presse commune. Une mobilisation d’envergure a été annoncée pour préserver les emplois, les compétences et la compétitivité industrielle dans un territoire où la filière représente une part essentielle de l’économie.
La région Bourgogne-Franche-Comté, et plus particulièrement le Pays de Montbéliard, est directement concernée. Avec 366 entreprises de la filière automobile totalisant plus de 37 000 salariés et près de 5 000 intérimaires, ce secteur pèse environ un quart de l’emploi industriel régional. Ce tissu industriel dense est aujourd’hui fragilisé par un contexte économique et réglementaire défavorable.
Alors que la production mondiale de véhicules légers retrouve son niveau de 2019, la production française continue de décroître : 1,36 million de véhicules produits en 2024 contre 1,5 million en 2023, soit une chute de 38 % depuis 2020. Cette baisse se traduit par des fermetures de sites, des plans de restructuration et une érosion rapide de l’emploi. Depuis janvier 2024, près de 7 300 emplois ont été supprimés ou sont menacés. La transition vers le véhicule électrique, combinée à des coûts de production élevés, à une stagnation de la demande en Europe et à une concurrence internationale féroce, place les sous-traitants automobiles dans une impasse.
Dans ce contexte, les représentants de la FIEV et de l’UIMM Franche-Comté ont présenté trois axes prioritaires pour enrayer le déclin. Premièrement, ils demandent la mise en place d’un contenu local européen obligatoire, avec un seuil de 80 %, afin de valoriser la production réellement « fabriquée en Europe » et éviter les délocalisations. Deuxièmement, ils appellent à un plan d’investissement massif pour restaurer la compétitivité de l’industrie automobile française et européenne, notamment en allégeant les charges et en facilitant l’accès au financement pour les PME. Enfin, ils souhaitent une politique plus réaliste de décarbonation des transports, intégrant les spécificités industrielles des territoires.
Damien Tournier, Président de l’UIMM Doubs, a insisté sur le rôle crucial des entreprises franc-comtoises dans cette chaîne de valeur : « Le Pays de Montbéliard est l’un des cœurs industriels de l’automobile française. Nous devons agir collectivement pour préserver ce patrimoine de compétences et d’emplois« .
De son côté, Jean-Louis Pech, Président de la FIEV, a pointé les limites des politiques européennes actuelles : « Le plan d’action de la Commission européenne ne répond pas à l’urgence. Nous avons besoin de mesures concrètes, rapides et coordonnées, à la hauteur des enjeux économiques et sociaux« .
L’UIMM Franche-Comté, qui fédère plus de 500 entreprises de la métallurgie dans les départements du Doubs, du Jura, de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort, entend poursuivre son engagement au plus près des industriels. En lien avec la FIEV, elle lance un appel à la mobilisation des acteurs de la filière, des pouvoirs publics et des territoires pour construire l’avenir d’une industrie automobile forte, durable et locale.
Dans le Pays de Montbéliard, berceau historique de l’automobile, cette mobilisation revêt une dimension stratégique. Préserver les sites de production, les centres de recherche et développement, et les savoir-faire locaux est plus que jamais un enjeu de souveraineté économique et de vitalité territoriale.
